X PRÉFACE
Ce n'est pas à dire que le Parlement fût une institution telle, que les intérêts et les libertés du pays y trouvassent une véritable et efficace garantie. Cette compagnie n*était point une assemblée des représentants de la nation, elle n'avait pas la mission expresse de contrôler l'administration du royaume; elle n'était point déléguée pour voter les impôts et allouer les dépenses. La souveraineté judiciaire lui était même contestée. Elle ne pouvait opposer un refus définitif aux volontés du Roi, ni même faire entendre ses remontrances, sans en avoir obtenu la permission. Les efforts les plus courageux pouvaient échouer contre un pouvoir absolu, lorsqu'ils ne réussissaient pas à le persuader.
Faire écouter ses remontrances, ne rien dissimuler au roi; lui expliquer l'erreur ou l'iniquité d'une volonté que lui avaient inspirée ses conseillers; servir d'organe aux plaintes et aux murmures du peuple; annoncer quels dangers pourraient en être la suite; prendre soin de concilier dans son langage la liberté et le respect: ainsi procédait le plus souvent l'opposition du Parlement. Lors même que les remontrances s'exprimaient, ce qui était rare, avec un ton de mécontentement et d'aigreur, elles n'avaient point un caractère séditieux. — « Sauf le bon plaisir du Roi,» était la formule prononcée ou sous-entendue, qui terminait les discours les plus courageux.
PRÉFACE. xr
Faul-il en conclure que le Parlement de Paris a été une institution inutile aux libertés publiques et qu'il ne donnait aucune garantie aux intérêts de la natiou; qu'il De la représentait point, et n'était point délégué par le suffrage populaire, ni même par l'opinion publique? Ou bien, avec les historiens et les publicistes, qui ne Yoient le salut et le repos, que dans l'humble obéissance à un pouvoir absolu, faut-il dire que le Parlement s'arrogeait, sans aucun droit, une intervention dans les affaires publiques; qu'il entravait le gouvernement , troublait l'esprit public , contrariait et impatientait le roi ?
Ce serait renier une deâ gloires de la France, désavouer le témoignage de la tradition nationale, et l'opinion des hommes les plus sages et les plus éclairés, notamment de Bossuet et de Montesquieu; ce serait même repousser les louanges des publicistes étrangers. Au lieu d'accuser le Parlement de l'imperfection de son institution, il serait plus juste de remarquer, que l'esprit dont il était animé, les vertus et le mérite des grands magistrats, la combinaison d'une courageuse indépendance avec une consciencieuse fidélité, le respect des traditions et des maximes consacrées par le temps et presque toujours acceptées par les rois et la nation, ont suppléé aux attributions qui lui manquaient. Il s'est acquitté constamment de son principal devoir; il a été le défenseur de la loi contre l'arbitraire.