BjiEr.NOT, II
.5. Expression du Journal de L'Estoilc.
G. DèsleSjanv. iSg^. — Cf. DkThou, t. Xll,(:viii. p 116.
qu'une question de temps. A Oijon même la répression du complot Lîi Verne n avait pas coiiiproniis l'avenir du parti : si la prudence l'orna les « |)olitiques » au silence pendant quelques mois, ils se retrouvèrent en iSgô aussi nombreux et aussi audacieux qu'auparavant. La municipalité elle-même s'était détachée de Mayenne. La politique de Mayenne, pendant lallaire La Verne, avait opéré ce changement : en elTet. le duc, en apparence clément, avait en secret ordonné à la Chambre de Ville d'agir rigoureusement contre les conspirateurs ; le résultat avait été de faire retomber sur la Mairie la responsabilité du jugement de La Verne ; et le mécontentement du maire Fleutelot contre Mayenne était bien légitime. De là à abandonner l'Union, il n'y avait qu'un pas ; et d'autres échevins, des modérés, étaient prêts à soutenir le maire dans ses actes'. Dans toute la Bourgogne, les mêmes sentiments se faisaient jour : la lassitude était générale.
L'arrivée en Bourgogne des troupes du maréchal de Biron vint aider à l'épanouissement du sentiment royaliste. Les succès rapides de Charles de Gontaut, duc de Biron, nommé dès 1694 maréchal de France et gouverneur de Bourgogne, portèrent le coup décisif à la Ligue bourguignonne : la prise de Beaune, survenue le 5 février 1695, acheva de briser la résistance. Une forte armée royale était présente ; Mayenne était loin. Les circonstances immédiates étaient favorables: il fallait en profiter. Breunot le comprit, et ce royaliste, qui sentait la majorité du Parlement en communion d'idées avec lui, qui, de plus, voyait derrière le Parlement, une ville toute prête à servir le roi, allait s'efforcer de mettre à profit tous les hasards heureux et se placer publiquement à la tête du parti hostile à la Ligue.
Dès le mois de mars 1095, il ne cacha plus ses sentiments : la prudence fit place chez lui à une volonté ferme
I. Ce sont Monindct, (.olliii. Jolly, .Nforcl — CI'. Dhocot, op. rit. p. u:.
et bien arrêtée. Le but était précis et les craintes hors de saison. Il prit la direction des afTaires et ses luttes avec Desbarres pendant les deux mois qui suivirent sont assez significatives pour nous montrer quel rôle il voulait et allait jouer. Il n'hésitait plus en effet à dire au président ligueur, qu'on avait assez souffert pour la querelle de Mayenne, qu'il fallait s'en contenter, que lui, Breunot, n'avait jamais été du parti de la Ligue et qu'il était trop tard pour en être \ reprochant secrètement à Desbarres et à Fyot de s'être trop mêlés des affaires publiques pour le malheur de tous^. Bien d'autres, et parmi ceux qui avaient été des plus violents ligueurs, commençaient à entrevoir la possibilité de changer de parti, entre autres le vicomte de Tavanes et Legouz de Vellepesle ■^ ; et si le président Desbarres parlait de remplir la ville d'espagnols pour empêcher toute velléité de révolte*, le président Brulart, en revanche, se déclarait prêt à quitter l'Union '. Saumaise et Thomas, entièrement convertis, s'étant vu refuser des passeports, se firent les auxiliaires dévoués de Breunot, qui, malgré ses désirs, n'avait pu quitter la ville \
L'affaire des garnisons, en soulevant contre la Ligue toute la population dijonnaise, vint favoriser les menées du conseiller. Au début de mai, le vicomte mit en avant l'intention d'introduire une garnison à Dijon : en elfet, l'armée de Biron approchait et il devenait nécessaire aux ligueurs de s'assurer de la conservation de la ville. Mais la Mairie, forte des privilèges de Dijon, résistait aux prétentions ligueuses ; et, Tavanes ayant voulu faire entrer une garnison, malgré la Chambre de Ville, et à son insu,