‹ Le Parlement et la Ligue en BourgogneChapitre 124 sur 144 · Bbeinot, II · texte numérisé non relu

Bbeinot, II

i. Voici quehjues extraits ile cette intéressante liaranj^ue de Picardet : « A ce jour il [Dieu] créa l'iioninic: PexccUcnt cl le Roj'dcs animaux. Pour suhjects, il luy donna tout ce i[ui a \ ic : pour empire, toule la terre : pour

il met en parallèle le courage et la supériorité des magistrats royalistes avec la faiblesse et la lâcheté des Parlementaires dijonnais. - Enfin, les deux Compagnies étaient

couronne, tous les cieux : pour scepln-, le mesme caducée qu'Apollon rendit à Mercure : ce que les philosophes appellent raison, la proche parente de Dieu : une adresse de manier et douter toutes afleclions, toutes passions, toutes puissances. Nous voyons aujourdiiuy la création de cest homme, au restablissement que le Roy lait icy des ofliciers de son Parlement, qui esloient demeurez en cesle ville : les réunissant au corps ancien de ceux qui l'ont servy pour ensemblement gouverner sous 1 authorité de Sa Majesté, tout le petit monde de ceste province... Non, je me trompe, ce restablissement n'est pas la création de l'homme. Il estoit desja créé Le vray homme est le Parlement qui revient de Semur. Celuy qu ou restablit, c'est l'ayde de Dieu luy a voulu donner. Aussi avait-il este lire de son costé:et maintenant s'y va réunir ut sint duo in carne una. Mais ce n'est pas assez de faire un homme : Dieu ne dit pas seulement. /acamus hominem, il adjousle ad imaginem et similitudinem nostram. Ainsi faut-il que celuy que le Roy veut créer ou renouveller du l>mon de sa lerrc, se mousle sur son image, s'imprime son charactére, s'habille de ses couleurs. C'est l'exemple que luy a monstre le premier homme, ce Parlement qui a servv à Flavigny et à Semur : composé d'autant d Anstides que d'officiers, d'autant de Zopyres que d'Aristides, d'autant de Tiraoléons que d'Aristides et de Zopyres: es cœurs desquels la justice, la hdelité et la fortitude ont combattu aussi vertueusement pour le prix d honneur qu'eux ont disputé courageusement la gloire de fidélité sur tous les bons sujets de ce rovaume... La Bourgogne peut véritablement dire ceste compagnée, sou esprit, son bras, son espée et son bouclier. Ce n'est pas vanité ny flatterie : de leur Palais, comme du cheval de Troye sont sortis plusieurs vaillans soldats, braves capitaines et sages gouverneurs de places Et n'y a celuv d'eux tous pour vieil et incommode qu'il fust, que l'on n'ayt veu souvent à cheval, présenter sa vie à tous les hazards de la guerre. C'est chose trop connue que pour servir l'Estat, ils ont libéralement changé la douceur de ceste grande ville, contre l'aigreur des déserts • le repos de leurs maisons, contre les fatigues d'un ostracisme, 1 usage de tous leurs biens contre toutes sortes de nécessitez. Chacun sait, qu'à la veue et au milieu des ennemis du Roy en un pays abandonne, ils ont osé planter et élever le nom de Sa Majesté en des faibles villages et l'v ont maintenu près de sept ans. sans autres secours que de Dieu, autre assistance que de leur courage, autre espoir que de la satisfaction et du contentement que s'acquièrent ceux qui courent au chemin de la vertu. . . Quant à nous qui avons couru la fortune, nous ne voulons pas tant de mal à ceux qui ont demeuré icy que nous ne reconnaissions qu'il y avoit des gens de bien desquels, sinon les pieds et les mains, au moins les cœurs et les vœux nous suivaient. Soit que la débilité de leurs courages, ou l'appréhension de la longueur de nos misères, ou l'asseurance de la bonté du Roi. ou quelque antre sujet les ayt retenus, nous les excusons : mais comme nous voulons bien présupposer leur dévotion, il est raisonnable qu'ils confessent nostre virilité. S'ils dient qu'il fallait quelqu'un pour garder la maison, que leur zélé, en apparence moins éclatant, ne laissait au-dedans d'estre plein de chaleur, que dés longtemps ils couvoienl le désir qui a conceu, éclos et formé la réduction de cette ville, nous le voulons... Ils ne peuvent nier que nous ne soyons leurs aisncs

réunies, le Parlement de Bourgogne revivait ' . Henri IV avait eu la sagesse de borner sa vengeance : s'il avait récompensé le loyalisme des dissidents, s'il avait exigé des autres une rétractation expresse de leur conduite passée, il n'avait eu garde de procéder à des exclusions qui eussent été parfaitement impolitiques. A cette heure, il importait à Henri IV de gagner des cœurs, et l'esprit de modération qui fut toujours sa qualité maîtresse trouvait, vis-à-vis des Parlementaires dijonnais, une occasion particulièrement heureuse de se manifester*.

Toutefois, par un sentiment bien légitime, le roi ne se laissait pas aller à des témoignages d'affection envers les anciens magistrats ligueurs, et les royalistes fidèles avaient toutes ses faveurs. Les magistrats dijonnais subirent une taxe de guerre' et se virent frustrés de leurs gages passés". Des précautions furent pourtant prises par le Parlement pour tenter d'effacer tout souvenir des discordes et des luttes antérieures : sur la requête de Millet, la Cour rendit, le 4 juillet, un arrêt ordonnant de biffer tous les arrêts et jugements faits « tant contre Ihonneur et autorité du roi Henri III, dernier décédé, et du Roi Henri IV* de ce nom à présent régnant, que contre l'Etat et couronne de France au préjudice des Loix fondamentales du Royaume et des bons et fidèles sujets de Sa Majesté ' »,

dans ceste création, que nous n"ayons esté les plus prompts, les plus vigoureux et les plus hardis. Nous serons donc les raasles. Eux qui nous sont donnés pour ayde, qui ont été esté tirés de nostre costé, qui ont gardé le logis pendant que nous estions ii la guerre, qui ont couvé, engendré, enfanté la reddition de ceste ville seront les femelles... Et puisqu'il plaît ainsi à nostre créateur, nous nous joindrons par un sainct mariage. erunMuo in carne una... ». — (« Benionctranccs n de Picardei. p. i4o à i48).

1. Reg. du Parlement, III. 552. .553, .554. tif. Pièces jiistif., w xxxv. — Breinot. II. 5^1.

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