‹ Le Parlement et la Ligue en BourgogneChapitre 38 sur 144 · DoM Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p · texte numérisé non relu

DoM Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p

2. M. DoNCiEUx (Discours sur Fremyot, p. 3i). nous rappelle la consternation deFremyot à la nouvelle de la mort d'IIeuri III.

dèrent entrée au Parlement, et Etienne Bernard, au nom de la Ville, signifia impérieusement à la Compagnie de ne point poursuivre le projet « qu'elle avoit conclu et advisé de rappeler ceux qui s'étaient absenté de ladite ville et jettes aux armes et hostilités sous prétexte de l'authorité et service du Roy », avant d'avoir reçu les ordres de Charles X, ou, à défaut, ceux du duc de Mayenne. Et Bernard nous livre la pensée du maire et des échevins en ajoutant : « D'ailleurs... l'on ne peut tirer desdits magistrats un consentement pour le retour et seureté des absens et est crédible qu'il ne seroit en leur puissance de garantir cette seureté, quand ils l'auraient promise », parce que « le prétendu Parlement de Flavigny s'est tant oublié que d'avoir voulu oster l'authorité du Parlement de tout temps estably en cette ville de Dijon, dont tous les bons habitants se ressentent tellement qu'il y aurait du péril si l'on rappelait si promptement les absents. » L'arrêt ordonnant qu'il ne serait pas écrit aux sieurs présidents et conseillers retirés audit Flavigny fut prononcé à huis ouverts, « M" les présidents ayant leurs robbes rouges et mortiers ». *

Quelques mois plus tard, une haute influence vint à l'aide du Parlement : le cardinal Gaetano, légat du pape, de passage à Dijon, insista encore, le i3 décembre 1689, sur cette réconciliation et fit observer au maire qu'il conviendrait, dans l'intérêt de la paix, de rappeler les magistrats qui avaient quitté la ville ; l' « antique maire », Jacques La Verne 2, refusa net et répondit qu'une telle mesure aurait de graves inconvénients, vu les mauvais desseins de ces magistrats « qui sont les plus vrays hérétiques qui se puissent juger et reconnoistre^ ».

Ainsi les ellorts tentés par le Parlement pour la réconciliation des deux fractions viennent se briser constam-

I. Reg. du Parlement, III, •.!87-88, et Arch. mun. de Dijon, B 227, f- 77-79. a. Le maire était P. Michel.

3. PÉPIN, p. 57 (note de Gabnier), et Arch. mun. de Dijon, B 227, f» 167 V, 168. —Cf. Pièces justif., n' X.

ment devant la résistance et l'opposition formelle de la Chambre de Ville, obstinément hostile au retour des royalistes. Seule la haine jalouse de la municipalité dijonnaise paralysa toute bonne volonté et empêcha tout essai d'accord; c'est elle qui perpétua le schisme parlementaire.

Pourtant, à supposer même que Dijon, d'une façon générale, eût été favorable au rappel des dissidents, à supposer même que des démarches eussent été faites auprès d'eux au nom de la Cour et de la municipalité, il est permis de croire que d'autres considéi'ations auraient empêché la réconciliation. Il est bien peu probable, en effet, que les Parlementaires royalistes eussent accepté les propositions de ceux qu'ils appelaient des « rebelles ». L'orgueil du devoir accompli, sentiment dans une certaine mesure légitime, chantait trop haut en leur cœur pour les laisser consentir à un retour qui eût eu des apparences de repentir. Nous avons la preuve de cette fierté des magistrats royalistes, de leur dédain pour leurs collègues ligueurs, dans le refus si hautain et si cassant qu'ils opposèrent à la dernière tentative de rapprochement. Depuis la fin de 1589, en effet, aucun effort n'avait été tenté. Toujours dominé par la municipalité, le Parlement suivait docilement son impulsion ; à ce jeu, il perdait peu à peu de son autorité et de sa puissance et tendait à n'être plus guère qu'un instrument aux mains d'un Conseil de Ville acharné dans ses sentiments ligueurs. La Cour en était arrivée, en 1694, à douter tellement d'elle-même et de sa propre cause que, à la vue des malheurs et de la misère grandissante du peuple, elle se décida, le 19 juillet, k invoquer l'appui du Parlement de Semur pour l'obtention d'une suspension d'armes. Des lettres, dressées par le président Desbarres, furent donc envoyées : après un rappel de la misère générale résultant de la guerre incessante, « les présidents et conseillers estans de présent à Semeur » sont suppliés de se joindre à leurs « frères et bons amis » pour obtenir que le comte de Tavanes et le vicomte son Irère en arri-

vent à une trêve, suppliés aussi de s'entremettre pour faire cesser, p(m(hint les pourparlers, les ravages des gens de guerre'. En réponse à cette humble démarche du Parlement ligueur, le président Desbarres reçut, le 28 juillet, de son beau-frère François Fyot, une lettre datée du 21, par laquelle il lui mandait que Messieurs n'avaient pas daigné « faire réponse, ni i^econnaitre ladite Cour en qualité qu'elle s'attribue ». Cette lettre contenait en substance que les magistrats ligueurs feraient mieux « de reconnaître le légitime successeur de l' Estât, comme ont fait toutes les capitales de la France, ce qui serait un moyen de faire cesser toutes les hostilités " ». Breunot ajoute qu'après la lecture de cette lettre, « chacun commença à se regarder sans dire mot, en ce que nous qui au commencement faisions tant les mauvais, soyons forcés et contraints de recourir à ceux que nous avons chassés' ».

Le Parlement royaliste le prenait maintenant de haut avec la Cour de Dijon, refusait toute collaboration, et même tout contact, tout rapport avec elle. Cette hauteur de la Cour royaliste vis-à-vis des magistrats ligueurs apparaît clairement encore au moment des troubles et du procès poursuivi contre le maire La Verne et Gaud, accusés de complicité avec les royalistes (août-septembre 1694) : plusieurs Parlementaires compromis dans l'affaire quittèrent Dijon ; mais le Parlement de Semur ne consentit à les recevoir qu'avec des lettres de rétablissement, « ce qui est une chose bien dure et cruelle », ajoute Breunot* ; quelques-uns même disaient qu'il leur fallait demander nouvelle réception. L'importance toujours croissante du parti royaliste en Bourgogne et de la Cour royaliste elle-même, l'espoir du triomphe final expliquent cette attitude des

1. Arch. mun. de Dijon, B 481, f" i49 '"«■ Cf. Pièces justif., n» XXXI. Voir à ce propos les Reg". du Parlement, III, 465-66.

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