Arch. de Semur, Reg. n" 4» f° 92: 24 juin iSSg
;. Arch. de Semur, Reg. w 4, f"' 9a et 96 : i4 juillet-; août iSSg.
quelque peu poussé sans doute en cette affaire, ne fut pas récompensé de ses peines S mais sa rancune contre les ligueurs était satisfaite. Sous son inspiration, le Parlement venait de rendre un arrêt dicté, certes, plus par son hostilité contre les ligueurs que par le souci de la justice stricte : en somme, un ligueur de marque était dépossédé et chassé de Semur'.
Le Parlement continuait de la sorte sa lutte contre la Ligue et les ligueurs, en affermissant entre les mains des royalistes cette place où il allait trouver, quelques années plus tard, son refuge. Mais si son attitude est ferme, violente même quelquefois, à l'égard des rebelles, il ne veut pas se montrer plus royaliste que le roi et faire preuve de moins d'indulgence que lui : aussi vérifie-t-il volontiers les édits d'amnistie accordés par la royauté. Quand, après son abjuration, Henri IV accorde, le 27 décembre 1693, une amnistie en faveur des ligueurs qui prêteraient le serment de fidélité dans le délai d'un mois, la Cour entérine l'édit dès le 3 février suivant' et reçoit, en conséquence, le serment de l'évêque d'Autun, Pierre Saulnier, ainsi que le serment d'Odet de Montaigu, lieutenant en la chancellerie d'Autun, de Fr. de Rabutin, d'Arthault, lieutenant civil en la chancellerie d'Autun, de Jean Munier
I. Il le fut d'ailleurs l'année suivante (Arch. de Semur, Reg. n" 4. f° '36 V») et resta maire plusieurs années.
a. Blanot dut s'enfuir dès le lendemain de l'élection du a4 juin iSSg. Il se retira probablement à Montbard, où nous le voyons en i594, alors que le Parlement lui lit son procès criminel en même temps qu'à Bouclai, grenetier au grenier à sel de Montbard, père de la femme du conseiller P. Odebert, Marguerite Bouchu (Brelnot, II, 255). Le 5 avril i595, nous le voyons demander à rentrer en ville, ayant obtenu du roi des lettres de réhabilitation. La délibération de la Chambre de Ville de Semur (Arch. de Semur, Reg. n» 4> f° 3a8 v«) confirme notre opinion, en disant que Blanot avait été privé de sa charge « pour avoyr tenu le party de la Ligue contre le service de Sa Majesté ». La Cour, statuant sur sa requête, accorde qu'il sera reçu « comme personne pryvée et sans charge » (Ibid.' f'Sag). — Enfin, en juillet i59;, la Cour condamne les habitants de Semur à rembourser à Blanot les aooo livres payées par lui (Ibid . f" 4i4 ^"')-
3. Abord, op. cit., II, 398. — Brelnot, II, 3i. — Arch. du greffe, B iao86, f» 114.
et de Jean Guijon, avocat et procureur du roi à Autun'. Le 4 mai, le nouvel édit du 7 avril 1.594. contenant «prolongation et délai d'un mois pour se départir de la Ligue », est vérifié '.
Mais ce n'est là, à vrai dire, qu'une trêve dans les hostilités, et les poursuites vont reprendre, bientôt, après la déclaration royale du l'j septembre 1694' contre les rebelles, ligueurs invétérés qui ont refusé la grâce du roi.
Le Parlement d'Auxois, dans son rôle contre la Ligue, ne put borner son action à prendre des mesures contre les gentilshommes, les villes ou les officiers rebelles; il fut amené aussi, nécessairement, à entreprendre une véritable campagne contre le clergé ligueur. En elfet, la Ligue, ayant pour objet, tout au moins apparent, la défense de la religion catholique, devait avoir pour principaux auxiliaires et défenseurs, les prêtres de la religion romaine et les autorités ecclésiastiques. Cette attitude du clergé se vérifie par les faits, et, si un petit groupe de prêtres catholiques, si des évêques même (comme l'évêque de Langres, d'Escars), suivant la tradition gallicane, avaient préféré la royauté française à des ambitieux qui couvraient leurs convoitises du prétexte de la religion, la plupart avaien* accueilli favorablement la Ligue. Sans cesse, la violence de leurs attaques contre les royalistes, ces « hérétiques », enflammait le zèle des ligueurs contre Tavanes et le Parlement d'Auxois ; les prêtres engagés dans la politique de Mayenne s'occupaient bien plus des affaires d'Etat que de prêcher leur Evangile, disait énergiquement Breunot *. Les magistrats royalistes, pourtant, n'étaient pas moins bons catholiques que leurs adversaires, bien qu'on les ait si souvent traités de huguenots et d'hérétiques ; ces termes étaient, d'ailleurs, les injures favorites des ligueurs. Bien
1. Retirés à Lucenay-l'Evéque après une tentative de soulèvement faite à Autun. Cf. AnoRu, op. cit., II, 4o4-
2. Reg. du Parlement, III, 543. — Abord, op. cit., II, 398-99. — Bbeunot, II, 117. — Arch. du gre ffe, B 12086, f» 124.
3. Arch. du greffe, B 12086, f" i5i. Enregistrée le ao octobre.
4. Breunot, II, 5o. — Voy. les plaintes des Etats, aux Arch. dép. de la Côte-d'Or, G 3ojo, f* 11.
au contraire, les prières publiques si souvent ordonnées pour la santé du roi et la continuation de ses succès, les processions nombreuses auxquelles assiste toute la Cour en robe rouge, sont les preuves de leur foi toujours vivante *. Mais, par la violence même des attaques dont était l'objet le parti qu'ils devaient diriger, les royalistes furent contraints à assumer la responsabilité d'une lutte dans laquelle ils avaient pour adversaires le clergé séculier, les ordres religieux et les autorités ecclésiastiques. Tous les arrêts cités précédemment s'appliquent tant aux seigneurs ecclésiastiques qu'aux gentilshommes laïques; seulement, c'était en tant que seigneurs qu'ils étaient frappés, puisque clercs et laïques tombaient sous le coup des mêmes arrêts. Or, voici que leur fonction même de ministres de la religion catholique est en jeu : des ordres sont donnés par le Parlement à tous les prédicateurs, curés ou vicaires, de faire des prières à Dieu pour le roi, de ne pas exciter le peuple à la sédition, sous peine de « punition exemplaire^ ». Sur le refus de certains d'entre eux d'obéir à l'arrêt, des injonctions plus formelles leur sont faites en particulier : ainsi, un prêtre nommé Berthaud, en mai i593, ayant été accusé de ne vouloir prier Dieu pour le roi. il lui est enjoint de ce faire et de nommer le roi en ses messes hautes et basses, « sinon qu'il sera puny si griesvement que les autres y prendront exemple ^ ». En iSqS, il est encore procédé par Henri IV, contre l'ordre des Jésuites, dont les théories hostiles au pouvoir royal lui faisaient échec*, et la Cour d'Auxois, fidèle
1. 17 avril 1689 : Processions ordonnées (Bib. mun. de Dijon, Fonds Saverot n' 3, III, f° 2). — 14 août iSijo, idem (ibid., 1° 79). — 3i janvier iSga, idem (ibid , ï° i3o). — 3i mai 1592, procession pour rendre grâces à Dieu des victoires du roi(Reg-. du Parlement, III, 5i8). — 9 mai 1593, idem (ibid., 53o). — 3 mars i5j4> idem (ibid., 538). — 29 mars 1594, Te Deum et feux de joie pour la reddition de Paris (ibid., 540). — 22 juin 1694, processions (ibid., 543). — 2 janvier 1595 (Fonds Saverot n° 3, III, f° 196). — 16 mai iSgS, Te Deum pour la reddition d'Autun (Arch. de Semur, Reg. n- 4. f» 333 r". — Voy. la publication de Mon>ot, p. 92).
2. Jiib. mun. de Dijon, Fonds Saverot w 3, III, f» 4 : arrêt du l'j avril