CHAPITRE IV
Le Parlement de Dijon et la Cause ligueuse
Pai^allèleincnt à la campagne si serrée que menait le Parlement cVAuxols contre la Ligue, en faveur de la cause royaliste, le Parlement de Dijon menait une campagne analogue contre les royalistes , en faveur de la cause ligueuse. En effet, les mêmes causes qui avaient poussé les magistrats dissidents à se mêler d'une façon si directe à la politique, devaient pousser les Parlementaires dijonnais à jouer leur r(jle dans la partie engagée. Le schisme qui avait divisé le Parlement, en 1089, avait obligé les magistrats à se déclarer pour l'un ou pour l'autre des deux partis, et ceux qui n'avaient pas fui devenaient, tout au moins en apparence, les soutiens de Mayenne. La lutte contre la royauté et contre les royalistes s'imposait à eux. Le rôle des magistrats dijonnais fut moins actif pourtant que celui des magistrats royalistes. Leur coopération à la lutte fut moins directe et leur part moins belle. Il est assez aisé den démêler les raisons. Ce sont des causes internes, aussi bien que des causes externes. En elfet, l'esprit général de la Cour, tel que nous l'avons déjà défini, explique en partie le fait : les magistrats restés à Dijon étaient pour la plupart des gens faibles, timides, trop peu hardis pour prendre la tète d'un mouvement ; leur prudence même, leur réserve politique leur interdisaient de se mettre trop en avant, au risque de se compromettre. Leur attitude procède en somme des principes qui les avaient inspirés en janvier 1689 : ne pas aflirmer trop fortement leurs sen-
liments. D'autre part, la situation n'rtait pas la même pour les niai,nstrats de l' Auxois et pour les Parlementaires dijonnais : la nécessité même obligeait les dissidents à prendre en main la direction de toutes les affaires, jusqu'à ce que leur activité ait pourvu à la création d'un parti, à son organisation; et, dans la suite, l'importance exceptionnelle du rôle assumé par eux au début, leur conservait une place prépondérante. Il en était autrement du Parlement de Dijon : il n'eut dès 1 origine qu'un rôle passif; il s'était mis à la remorque du parti ligueur, et l'activité des ligueurs les plus militants accentua de plus en plus cette inertie du Pai'lement. D'autre part, le parti ligueur, c'était à peu près toute la Bourgogne : il n'était besoin d'aucune organisation nouvelle : les rouages administratifs normaux existaient et fonctionnaient. De plus, les pouvoirs ligueurs, en particulier le Conseil de l'Union, composé d'hommes énergiques et de ligueurs violents, et la municipalité dijonnaise particulièrement active, ne permettaient pas au Parlement, suspect d'ailleurs de modérantisme, de prendre une place prépondérante. Tout au contraire, tous les efforts tendirent constamment à diminuer l'autorité et la puissance des Parlementaires. Mais si ces deux séries de causes expliquent la moindre participation du Parlement au soutien de la cause qu'il servait, il n'en est pas moins vrai qu'il joua son rôle, pourtant, lui aussi, sur la scène politique, et ce rôle fut analogue, sur bien des points, et pur suite contraire à celui du Parlement d' Auxois.
La présence même de magistrats dans le Conseil de l'Union suffirait à attester qu'ils durent participer en quelque mesure à la direction des affaires publiques. Le président Desbarres, Fyot l'aîné, Berbisey, l'avocat du Roi de Yellepesle, tous conseillers d'Etat, étaient mêlés sans cesse au gouvernement de l'Union. Leurs rapports étaient fréquents avec les conseillers particuliers de Mayenne : une correspondance chiffrée s'était établie entre eux, et c'était ainsi que Jeannin faisaitpart à Fyot, en févi'ier iSyo,
de ses espérances d'èlre proinpUMueiil secouru par l'Espagnoh. Ces ligueurs, sinon sincères, du moins acliarnés et violents, pesaient sur les décisions prises à l'intérieur du Palais. Seulement, il n'y avait pas lieu, en mars-avril 1089, pour le Parlemesit, de prendre des mesures aussi sévères, ni aussi nombreuses que celles que mettait en amvre le Parlement d'Auxois pour organiser la lutte. On ne comptait pas, à Dijon, sur une longue résistance de la part des royalistes, et les forces des ligueurs étaient assez considérables pour les réduire en peu de temps. Aussi ne voyonsnous pas le Parlement s'occuper de réunir des gentilshommes pour les envoyer contre lAuxois : tout au plus se contente-t-il d'enregistrer la déclaration de pure forme par laquelle Mayenne, à la mort d'Henri III, s'ellorce de rallier les gentilshommes et les catholiques pour l'extirpation de l'hérésie-. Il est visible que les magistrats dijonnais manquaient d"enthousiasn\e : ils paraissent agir beaucoup plus par nécessité que par conviction. Ce n'est que le 5 septembre i58y que le Parlement rend son premier arrêt contre ceux qui favorisent le roi de Navarre en deniers, armes, munitions, mémoires, avis et instructions. Louis Odebert et Jean Bouhier sont commis pour informer contre eux', et les mesures arrêtées sont les mêmes que celles que prenait le Parlement d'Auxois contre les ligueurs : la saisie et la vente des biens des catholiques partisans du roi de Navarre sont ordonnées, le 9 avril 1590% ainsi que le remboursement sur ces biens des pertes subies par les ligueurs. La Chauibre de Ville qui, déjà, s'était mêlée de vendre les meubles des absents, en 1589, assura avec [)laisir l'exécution des arrêts de la Cour. Mais ici encore, la Cour ne faisait qu'enregistrer les lettres de Mayenne, sans innover et sans prendre d'ini-
I. Mémoires de la Ligue, IV, ao4 : 3 lévrier 1090. ■j. Arc h. du greffe, B i2o85, f° i5.