LÉON LEVRAULT
Le roi distrait répond : « Bien ! à toi le domaine ! »
Puis, tout fiévreux : « Enfant, ma^fille sera reine.
« Elle est belle... Oli! bien belle avec ses longs cheveux...
« Les rois sont à ses pieds ; et les fils de la lyre
« Dans leurs vers amoureux ont chanté son sourire...
« Enfant ! elle sera ta femme, si tu veux !
« Si, plongeant de nouveau dans Tablmc insondable, « Tu peux me rapporter plein ma coupe de sable, « Et forcer le secret de cet antre inconnu; » L'écuyer lui sourit. Il regarda la dame.
Et sauta du rocher où déferlait la lame...
Mais jamais il n'est revenu.
Ainsi, pauvres humains, philosophes, poètes,
A Tâge où Ton devrait cueillir des violettes
Et se perdre gaiement au fond des chemins creux ,
Au souriant matin, chanter avec les merles.
Et, quand le soir a pris sa parure de perles.
Dire aux bois assoupis ses tourments amoureux ;
A l'âge des plaisirs, des rêves, de l'audace, Où l'on devrait, joyeux imitateurs d'Horace, Boire un vin parfumé par les fleurs de l'été > Et parcourir le monde, insouciant et libre, Comme un aiglon, avec un cri vainqueur où vibre L'ivresse de la liberté ;
Alors, devant nos pas le mystère se creuse.
Précipice sinistre, où d''une voix affreuse
Mugit un Océan courroucé, dans la nuit.
Au bord, comme le vieux monarque à barbe blanche.
L'humanité troublée est debout qui se penche
Pour voir ce qui se cache au fond de tout ce bruit.
IfJO LE PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.
Elle dit : « .Jeunes gens : pas de plaisirs frivoles ! <c Pas de chansons d'amour aux pieds des jeunes folles ! « Vers un plus noble but dirigez vos ardeurs ! « Qui de vous le premier tentera ces abîmes ? « C'est là qu'on a jeté les vérités sublimes « Dans l'infini des profondeurs.
« Oui ! qu'il ose plonger dans l'e&ayant mystère !
« Qu'il revienne agitant, fier, aux yeux de la terre,
« La Vérité, la coupe aux reflets radieux.
« Nous graverons son nom sur des tables d'ivoire,
« Et nous lui donnerons pour épouse la Gloire,
« Dont les ardents baisers nous sacrent demi-dieux ! »
Et bien des jeunes gens foulent les primevères,' A la nymphe qui rit montrent des fronts sévères Et d'un bras irrité repoussent le plaisir ; Car ce qui, tout entiers, les occupe et les tente, C'est le gouffre hurlant, l'immensité béante. Et le secret qu'il faut saisir.
Mais que sert cet élan des jeunes cœurs avides ? Ceux qu'on voit revenir reviennent les mains vides : Pris de peur, ils n'ont pas assez loin descendu ; Et le hardi plongeur qui poursuit sans rien craindre, Qui surprend la chimère au fond et veut l'étreindre. Celui-là, l'Océan ne l'a jamais rendu !