LE COMBAT DE CORBILO
C'est la nuit , et César s'avance vers la côte , Et Ton entend au loin retentir les clairons ; Sur le sable mouvant passent les escadrons Avec la lance haute.
Aux clartés de la lune , on voit sur un dolmen Le druide agiter sa hache; de colère Il frémit, et sa bouche entonne un chant de guerre En criant : Torriben !
Torriben ! — Mille voix, qui font vibrer la nue , Répètent le bardit du poète inspiré :
Un prisonnier est là, haletant, effaré Et la poitrine nue.
Qu'il meure , ce Romain ! hurle un peuple ameuté ; Ce soldat de César dont le joug nous opprime , Qu'il meure! Que le cri poussé par la victime Proclame notre liberté !
ABBÉ JEAN MABBOEUF. 11*1
Des larmes, ô guerrier, ont mouillé ta paupière^ Tu pleures... Le druide approche menaçant, Lève son bras : la tète a roulé dans le sang Sous la hache de pierre.
Et le prêtre saisit d une sauvage main Le cœur de la victime , et tandis qu'il palpite , Il le montre , en disant : C'est ici la limite De Tempirc romain!
Le goëland dans les airs soudain jette une plainte , La vague fait mugir le récif qu'elle bat :
Femmes, vieillards, enfants, tout s'élance au combat Pour la liberté sainte.
On lutte : mais bientôt un long cri de douleur Vient troubler les échos de la vieille Armorique ; César triomphe , crie une voix fatidique , Malheur à nous ! malheur !
Seul un barde chantait un hymne d'allégresse : Mon Arvor! mon Arvor! espère en l'avenir; Signe libérateur, je vois sur un menhir Une croix qui se dresse!