‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 119 sur 198 · THOMAS MAISONNEUVE · texte numérisé non relu

THOMAS MAISONNEUVE

POEME DU SOFR

IE soir a pour moi tant de charmes J Que, malgré l'abandonnement De Tabsence, je sens les larmes S'arrêter dans mon cœur d'amant.

Je t'envoie, ô mon enfant blonde, Ces quelques vers rêvés jadis Lorsque devant la mer profonde Tu m'entr'ouvrais le paradis !

Le brouillard d'or du soir s'étend sur les chemins, Tout s'apaise. Aux grands bois de vagues ritournelles. En glissant sur les prés parfumés de cenelles, Dans leurs discrets accords parlent des lendemains. Le brouillard d'or du soir s'étend sur les chemins.

THOMAS M\ISONNKLVE. 175

Les amoureux s'en vont attendre les aimées Au rendez-vous divin dans les sombres sentiers ; Sur leur lit de rameaux dorment les églantiers ; Et, tandis que les nids chantent sous les ramées, Les amoureux s'en vont attendre les aimées.

Les cieux sont parsemés de flocons de carmin Qui flottent dans Tazur insensiblement rose.

Il n'est plus sur la terre une chanson morose. Si dans l'ombre surgit la blancheur d'un jasmin, Les cieux sont parsemés de flocons de carmin.

L'aveu renaît au cœur, idéalement tendre,

La lèvre sent monter la chaleur du baiser,

Et le désir d'amour lentement vient poser

Le doux étonnement que Ton cherche à comprendre.

L'aveu renaît au cœur, idéalement tendre.

C'est le nocturne chant qui rend l'homme songeur, Qui fait frémir en nous l'immense poésie, Où. chaque mot nous semble un parfum d'ambroisie Flottant sur le parcours du zéphir voyageur.

C'est le nocturne chant qui rend l'homme songeur.

Dans les pourpres crépusculaires Les chansons ont plus de douceurs, Et les rêves se font berceurs ; Partout se calment les colères Dans les pourpres crépusculaires,

Dans leurs sillons des firmaments, Une à une sortant des voiles, Les harmonieuses étoiles Reviennent sourire aux amants Dans leurs sillons des firmaments.

Si tu le voulais, ma mignonne.

Afin d'imiter les oiseaux Qui s'embrassent dans les roseaux, Nous irions au bois qui fleuronne.

Si tu le voulais, ma mignonne.

Nous échangerions nos aveux, Blottis sous les feuilles dormantes ; Tandis que les brises charmantes Entremêleraient nos cheveux.

Nous échangerions nos aveux.

Le soir est l'heure où tout soupire :

Roses des bois, oiseaux chanteurs.

Poète, amant, cieux enchanteurs.

Ce qui rêve, ce qui respire; Le soir est l'heure où tout soupire !

Dans son rayonnement superbe S'est couché le soleil divin.

Ajoutant au sombre ravin Un rubis à chaque brin d'herbe.

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Les subtiles senteurs légères Qui glissent sur les halliers verts Font au cœur à peine entr'ouverts Naître des chansons passagères.

Le couchant ressemble à Taurore Dans ses mousselines d'ors fins, Et Ton entend les séraphins Préluder sur le luth sonore.

L'ineffable concert des anges Berce le frais sommeil des fleurs Au boudoir des sentiers siffleurs Où ne chantent plus les mésanges.

Illuminons notre jeunesse A ce flambeau mystérieux, Où les désirs victorieux Allument leur chaude caresse.

Unissons nos voix amoureuses Aux voix exquises des vallons, Où d'invisibles violons Murmurent leurs notes heureuses !

Viens sous le dôme des ramées Où s'endort le dernier rayon ; La nuit du bout de son crayon Ecrit les romances aimées ; Viens sous le dôme des ramées.

Dans V Alléluia des amants, Que tout redit aux cieux immenses, Cherchons les candides démences.

Il est des baisers, des serments Dans V Alléluia des amants.

Sur le parchemin des nuages, Où se livrent bien des secrets, Les beaux chérubins indiscrets Brossent d'étranges paysages Sur le parchemin des nuages.

Dans le calme du calme soir.

L'âme des jeunes fiancées Laisse s'envoler leurs pensées Vers le fiancé plein d'espoir, Dans le calme du calme soir.

Partout l'amour étend son aile .

Il plane un long frémissement Dans ce suprême enchantement; Comme une caresse éternelle, Partout l'amour étend son aile.

Tout dort. Voici la nuit, faisons comme les bois, Ëndormons-nous. Rêvons d'un rêve plein d'ivresse. Repose sur mon cœur ton front lourd de paresse, Et pour les pays bleus partons les doigts aux doigts. Tout dort. Voici la nuit, faisons comme les bois.

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