PREMIÈRE COMMUNION
A ma FiJle.
Corame une aube de mai de fraîcheur tout empreinte, Comme un lis reflétant la pureté des cieux , Comme une vision douce, angélique et sainte, Tu m'apparais, ma fille, en ce jour radieux.
Quel est donc ce mystère, et pourquoi cette larme Qui de mes yeux, enfant, ce matin a coulé; Et pourquoi dans ton cœur cet indicible charme Qui vaguement peut-être un instant Ta troublé?
Ah! c'est que Dieu, mon ange, est entré dans ton î\me Pour en faire à jamais un asile sacré ; C'est qu'en toi j'ai vu poindre une petite femme, Et c'est pourquoi je songe et pourquoi j'ai pleuré.
Ne grandis plus; demeure ainsi toujours, mignonne; Garde pour nous et Dieu tous tes amours d'enfant, Gardes-en les pcnsers simples et l'Ame bonne , Gardes-en la galté qui du mal te défend.
Bien des jours rayonnants se lèveront, j'espère, O ma fille, pour toi dans Favenir clément; Mais de tous tes bonheurs, crois-en Vaveu d'un père, Celui-ci restera le meilleur sûrement.
C'est que la joie humaine a ses lendemains sombres , Que toujours le revoir est proche de i*adieu; Seuls, les bonheurs que Dieu nous donne n'ont pas d'ombres ; Ma fille, mets toujours ta joie aux pieds de Dieu.
Reste en cette clarté sereine où je t'ai vue, Le front baigné d'aurore et les yeux pleins de ciel, Qui faisaient qu'on eût dit détaché de la nue Le voile où tu marchais en allant à l'autel.
EDOUARD BEAUFILS