‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 14 sur 198 · LES CLOCHES · texte numérisé non relu

LES CLOCHES

CLOCHES des vieilles tours, cloches crépusculaires, Pleurez votre souffrance en vos robes fêlées, Et vos gémissements aux calmes envolées Berceront nos dédains, nos mépris, nos colères.

Cloches, cloches du soir, cloches mélancoliques, Vous évoquez Teffroi d'enténèbrements proches : Le chœur des trépassés, ô cloches, pauvres cloches. Se lamente parmi vos frissons métalliques !

On dirait, dans les soirs languissants des dimanches. Que vous vous éteignez, et que l'élan des brises Emporte dans son vol, au-dessus des églises, Avec vos derniers chants, des âmes toutes blanches!

Mourez-vous d'anémie et de pâles névroses, cloches! que vos voix sont toujours si dolentes? A-t-il neigé sur vous , ce deuil des- neiges lentes Où les êtres s,e sont effondrés, et les choses?

Vous me psalmodiez je ne sais quelles plaintes Et quels vagues sanglots, veuves inconsolées, D'amours ensevelis sous Therbe des allées, De rayons disparus, d'auréoles éteintes.

cloches ! vous sonnez d'étranges agonies Pour les crucifiés des couchants grandioses , Et la mort du soleil nimbé d'apothéoses Vibre dans votre angoisse en larges symphonies

Vous sonnez de longs glas aux lassés de la vie, A ceux qui n'ont d'espoir que dans la tombe seule , Et qui clament la mort , rêvant qu'on enlinceule D'un éternel repos leur àme inassouvie !

Vous sonnez de longs glas aux jeunes fiancées

Qui, dans leurs blancs tombeaux baignés des lunes blanches,

Songent de purs hymens et de fières revanches

Sur Tinsensible mort qui les a terrassées !

Vos rythmes lents, pareils aux voix des vierges pâles. Réveillent dans les cœurs les souffrances anciennes. Vous les remémorez au chant de vos antiennes , Sur des rythmes très lents, graves comme des râles.

Lentement, lentement, dans la nuit souveraine, La cloche triste épand ses notes cristallines , Et, des vais ignorés au sommet des collines, Ses larmes de cristal la cloche triste égrène.

EDOUARD BEÀUFILS.

Et, lasse entin, fuyant la douleur qui la hante, Elle a laissé tomber ses battants inutiles , Tandis que les rumeurs montant du sein des villes Étouffent ses derniers soupirs d'agonisante !

SONNET

A Charles Collin.

Nous avons tous au cœur quelque folle chimère , Quelque rêve insensé dont le désir nous mord, Et nous nous épuisons à maudire le sort Qui s'oppose sans cesse à l'illusion chère.

Et nous nous lamentons sur Fexistence amère ; Mais nous gardons en nous, même jusqu'à la mort, Cet espoir, renaissant toujours comme un remord, De voir enfin fleurir notr^ rêve éphémère.

Fantôme de bonheur sans trêve poursuivi, Combien t'ont pu saisir? Coinbien l'ont assouvi. Ce désir lancinant d'un idéal qui leurre ?

Oh! quand le marbre noir pèsera sur nos fronts, Seigneur, est-ce le jour où nous les étreindrons , Ces bonheurs des lointains paradis que je pleure?

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