MON JARDIN
(bordeaux)
MON jardin, ombragé sous l'azur d'Aquitaine, Jusqu'en octobre n'est qu'à peine défleuri.
Les érables touffus m'y forment un abri D'où la ville, à deux pas, semble presque lointaine.
Au désir de repos qui hante un cœur meurtri , A la timidité d'une muse hautaine, Ce réduit, verdoyant comme un bord de fontaine. En sa grâce d'automne aussitôt a souri.
Lasse du vent amer et du bruit fou des grèves, Mon âme, où bat encore un ouragan de rêves Dont l'étude et les ans n'ont eu pleine raison,
Mon âme voit ici comme une délivrance Qu'arbres et murs partout lui ferment l'horizon. Puisque toute échappée ouvre sur la souffrance.
Feuillages lourds et mats, verdure aux clairs reflets, Géranium éclatant et sombre héliotrope.
Et vous dont le vieux tronc des poiriers s'enveloppe, mes volubilis roses et violets !
FRÉDÉRIC PtESSIS.
Si votre solitude est celle où je me plais , Filles de T Amérique ou de la vieille Europe, Apaisez mes fiévreux ennuis de misanthrope, Et de vos doux parfums, fleurs, rafralchissez-les.
Veux-tu sincèrement la paix que tu demandes, Poète ? Creuse alors le sol des plates-bandes Plutôt que de creuser sans profit ton cerveau.
Agis ainsi, ne fût-ce, ermite volontaire.
Que pour t'accoutumer à voir des vers de terre
Dont le commerce, un jour, te sera moins nouveau.
^ A LA n BETA G NE
BRETAGNE, cc que j'aime en toi, mon cher pays, Ce n'est pas seulement la grâce avec la force , Le sol âpre et les fleurs douces, la rude écorce Des chênes et la molle épaisseur des taillis ;
Ni qu'au brusque tournant d'une côte sauvage, S'ouvre un golfe où des pins se mirent dans Tazur ; Ou qu'un frais vallon' vert, à midi môme obscur, Pende au versant d'un mont que le soleil ravage.
Ce n'est pas l'Atlantique et ton ciel tempéré,
Les chemins creux courant sous un talus doré,
Les vergers clos d'épine et qu'empourpre la pomme
C'est que, sur ta falaise ou ta grève, souvent,
Déjà triste et blessé lorsque j'étais enfant,
J'ai passé tout un jour sans voir paraître un homme.