‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 149 sur 198 · LE SACRE DE V ARTISTE · texte numérisé non relu

LE SACRE DE V ARTISTE

LOIN des vieilles cités où triomphe le Mal , L'Artiste saint qu*exalte ud souriant génie Va chercher la rosée aux gouttes de cristal;

La rosée où le jour met sa clarté bénie , Où les yeux et le cœur trouvent un élixir, Pour braver la douleur et railler Pironie.

Il court vers les grands bois et regarde bleuir Les cimes des sapins qu'arrose la lumière ; Il lit dans l'horizon où pleure un souvenir.

Et pour lui le soleil fait rayonner la pierre,

Et la source qui craint de troubler les songeurs ,

Éteint le gazouillis de son eau sur le lierre.

Les abeilles déjà laissant le suc des fleurs, Forment un nimbe d'or au-dessus de sa tète, Et les prés sonnent au chant des merles jsiffleurs.

HUGUES REBELL. 239

Tel un lévite pur saluant le prophète, A son aspect le lis baisse un calice blanc ; Dans la noire forêt tourbillonne une fête.

Heureux, enthousiaste, il marche d'un pas lent; n s'enivre à longs flots de parfums, de nuances, Et sent battre son cœur dans un mystique élan.

Car la Gloire qu'il prie en ses soirs d'espérances, Pose sur son front mûr pour l'Immortalité , La couronne qui fait oublier les souffrances :

« prés resplendissants d'amour et de clarté , Clame-t-il à la Terre, annonçant sa venue.

De quels divins tableaux m'avez-vous enchanté!

« Vous avez rajeuni d'une robe inconnue L'ancienne majesté dont j'avais autrefois Gardé le souvenir dans ma mémoire nue.

« Je vous retrouve encor plus riants, je vous vois Plus adorables qu'aux songes de mes veillées, Je m'entends acclamer par un millier de voix.

« Que vous ai-je donc fait, rives ensoleillées, Pour murmurer en chœur de si douces chansons, Et vous , nénuphars blancs, rçses échevelées?

Et la Terre parmi les couleurs et les sons ,

Dit au penseur ému qui loue et s'extasie :

« Prêtre , tu n'es pas le seul que nous caressons.

« Nous offrons à chacun une même ambroisie , Mais ils refusent tous le breuvage des dieux : Par le plaisir, l'argent, leur vue est obscurcie.

« Leur cœur ne s'émeut pas du bel hymne joyeux Que cfauchotent le<; Bois à rAprès-midi blonde, Les Cigales aux Fleurs des verts Gazons soyeux.

« Leurs rêves ne vont point aux méandres de Fonde ,

Glisser, s'évanouir en mystérieux plis

Comme un vol de lutins dont s*eifare la ronde.

« Pourtant ces yeux fermés aux choses que tu lis , Ces esprits végétant sans amour et sans joie. Que dédaigne la Mort, tant ils sont affaiblis !

« Ces hommes-là triomphent sous les dais de soie.

Ils te volent la gloire et tôt ils oseront

Te meurtrir, te briser Tàme comme leur proie.

M Jusqu'alors prodiguant le mépris et l'affront,

Ils régnent j rois d'un jour, sur des trônes de cendre,

Mais un sacre réel illumine ton front :

Le mystère des champs que seul tu peux comprendre.

DIMANCHE DES BOItDS DE LA MER

LE ciel a pris le bleu de la p&le saison Où le soleil mourant s'enfonce dans la brume, Et sa lumière brode une frange d'écume Aux sillons déroulés jusqu'au rouge horizon.

Parfois les champs déserts tressaillent d'un frisson Au vent battant la mer comme une immense enclume ; Tout au loin une étoile étincelle et s^allume Au vitrage ébréché d'une pauvre maison.

tlLGtËS HEfiËLt. âil

Le village s'endort. Aux portes des masures Une vieille apparaît dans les blanches cassures De sa coiffe de fête aux ailes de moulin.

Et rien ne vient troubler cette calme tristesse ; Sauf un vol de pigeons , et sortant de la messe , Un pas lourd de travail, craquant sur le chemin.

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