‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 15 sur 198 · SPES · texte numérisé non relu

SPES

A M. V. Basch.

ANS le vol large et blond des rythmes éperdus , Le poète meurtri va calmer sa souffrance Et puiser du courage à la vieille espérance De retrouver là-haut tous les Édens perdus.

Que le ciel soit vivant ou qu'il soit chose morte , Que le bleu firmament auquel nous aspirons Ne soit qu'une ironie immense sur nos fronts ; Que Tau-delà soit vide, au poète qu'importe!

Qu'importe , puisqu'un jour l'espoir a dans son cœur Ouvert , comme au hasard , sa floraison féconde , Et jeté sous ses yeux la vision d'un monde Où l'air serait moins lourd et le rêve meilleur!

Et qu'il soit vérité , ce réveil, ou soit leurre, Le poète altéré, las désespérément, Boira comme un suprême et saint apaisement Dans cet espoir lointain, ne durât-il qu'une heure!

SONNET

A Charles Saint-Mieux.

SI tu te sens atteint des modernes névroses, Et si ton désespoir est encor plus profond , Après avoir vidé, sans crainte, jusqu'au fond. Ces coupes qui, de loin, ont le parfum des roses;

EDOUARD BKAUFILS. tl

Si nos vieilles cités où stagnent les chloroses , Si les hommes pervers et le vain bruit qu'ils font Ont à jamais blasé ton cœur qui se morfond , Impuissant à tromper l'ennui des jours moroses ;

Fuis courageusement nos villes de péché, Et sans te souvenir que tu fus débauché, Cherche l'apaisement des solitudes hautes,

Afin qu'après avoir, dans leur sérénité , Endormi ses douleurs comme oublié ses fautes, Ton âme sans frayeur songe à l'éternité !

PREMIER soin

C'ÉTAIT le jour fatal de la première faute.

La vie apparaissait aux pâles voyageurs , Pénible et rude, ainsi qu'une montagne haute.

Le soir venait splendide , et ses calmes rougeurs S'épanchaient à travers l'Eden rempli d'ivresses ; Eve était près d'Adam, tous deux marchaient songeurs.

Eve laissait flotter au vent ses longues tresses Qui retombaient sur elle avec les ondoiements Des chevelures vierges d'ardentes caresses.

Adam, sous le fardeau des destins incléments, N'admirait plus la femme en sa splendeur première » Le regard plein d'éclairs et d'éblouissements !

Autour d'eux, cepeudaui, pâlissait la lumière, Les clairs rayonnements s'éteignaient dans le soir. Et les étoiles d'or entr' ouvraient leur paupière.

Ainsi que des parfums montant d'un encensoir, Des ombres s'élevaient lentement dans la nue ; Et c'était effrayant et lugubre de voir

Les formes se noyer dans la nuit inconnue.

Le ciel se remplissait d'une obscure lueur

Que les premiers humains n'avaient pas encor vue.

Et blêmes , dans l'atroce attente et la frayeur, Tous deux, comme effarés de ces métamorphoses Dont le mystère étrange épouvantait leur cœur.

Révèrent comme on rêve au long des soirs moroses ,

Et, sous l'inaltérable et stellaire clarté,

Ils versèrent longtemps des larmes sur les choses.

les pleurs, les premiers pleurs de l'humanité !

MARCEL BÉLIARD

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