‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 159 sur 198 · DANS L'EGLISE · texte numérisé non relu

DANS L'EGLISE

A ma Mère.

L'orgue s'est endormi sur un dernier accord Et le temple désert rentre dans le silence ; Devant le maitre-autel la lampe se balance Et des sacrés parvis éclaire le décor.

Vers la voûte où l'or rouge étend son opulence , Le mystique parfum des encens monte encor ; Comme dans les forêts le son grave du cor, La prière de chaque arceau vers Dieu s'élance.

Les yeux pieusement baissés sur son missel, Qu'enlumina jadis au fond d'un cloître austère L'habile et sainte main d'un moine du Carmel,

Une femme à genoux semble oublier la terre Et dans la majesté du soir silencieux.

Goûte ici-bas la paix ineffable des cieux.

J.-GfY ROPARTZ. 333

JEFFIK

(POKME LMITK DU BARZAZ BREIz)

Au yic Th. Hersart de la Yilleraap«ïtté»

Avoir Jeffik, au bord de la dernière vague, Uider la mer tranquille en triples ricochets, Ou suivre au ciel le vol calme des émouchets, Comme on suit en son âme un rêve lent et vague ;

A voir Jeffik danser le vieux Jabadao, Avec un onduleux balancement de hanches , Sur la place du bourg, par les soirs de dimanches, Jasant comme un tic-tac de gais moulins à eau ;

A voir Jeffik si jeune, et si pure, et si rose, J'étais joyeux ; et qui donc ne Feùt pas été ? Sur son lit blanc, et plus pâle qu'un lis d'été. Attendant doucement la mort, Jeffik repose.

Psalmodiant très bas les mystiques Avés

Et voyant sa vigueur qui fuit à tire d'aile,

Ses compagnes du bourg sont assises près d'elle.

« ISe pleurez pas, il faut mourir, vous le savez, »

Dit-elle, « Jésus môme est mort sur le calvaire ; « U a sauvé notre âme en torturant son corps ; « La mort vient!... Ecoutez les funèbres accords!.., « La mort m'ouvre le ciel; je l'aime et la révère !... «

Près de la source fraîche où je venais puiser,

Le rossignol de nuit chantait en notes douces :

« Voici le mois de mai qui passe et dans les mousses

« La fleur nouvelle éclot sous son ardent baiser.

Le coquelicot monte à travers les javelles, Empourprant leur pAleur de reflets éclatants ; Heureuses les beautés qui meurent au printemps : Leur lit de mort sera semé de fleurs nouvelles !

Et du milieu des fleurs leurs âmes monteront « Vers les cieux purs, auprès d'un ange aux ailes roses, « Comme le papillon du calice des roses ; (( Et , les voyant venir, les Élus chanteront ! »

Jeffik a mis ses mains en croix sur sa poitrine ; C'est le soir ; le soleil rougeoie à l'horizon ; Et les troupeaux bêlants regagnent la maison, Marchant au tintement joyeux de leur clarine.

Son chapelet de buis glisse entre ses doigts blancs. Un sourire indistinct de ses lèvres glacées Change en Avés pieux ses dernières pensées ; Et son cœur bat toujours en battements plus lents.

Elle pâlit : ses yeux se ferment : sa prière Une dernière fois passe , en un souffle éteint : Son âme a fui... — Déjà les lueurs du matin Argentent faiblement les souffles de bruyère.

Le rossignol de nuit chante au bord des étangs, Répondant aux appels lointains dès bartavelles : « Enguirlandez son lit d'aubépines nouvelles, « Heureuses les beautés qui meurent au printemps.

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