‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 17 sur 198 · VIEILLESSE · texte numérisé non relu

VIEILLESSE

L'homme disait un jour à la Vieillesse : « Arrière ! Tu fais pencher mon front, tu fais trembler mes pas ; Ta main sèche et glacée ouvre sous ma paupière Une source de pleurs qui ne tarira pas.

Devant mes yeux ton aile sombre a mis un voile Qui ternit la splendeur divine du matin.

Les regards amoureux dont je cherche Tétoile Semblent fuir et s'éteindre au fond du ciel lointain.

Je suis comme le tronc dépouillé d'un vieil arbre, Où les oiseaux chanteurs n'osent plus se poser. Et la tombe vers moi tend ses lèvres de marbre Quand je cherche un baiser. »

Et l'autre répondit : « Tu blasphèmes. Sois juste. Cœurs battants, regards fous, longs baisers, chants joyeux. Cela, c'est la Jeunesse, amoureuse ^et robuste. Et c'est bon d'être jeune... et c'est beau d'être vieux.

HENRI BKRNÈS. 15

Ne me fuis pas. Car je suis l'heure solennelle Où, dans l'apaisement du soir silencieux.

Parmi les visions dont s'emplit ta prunelle, La blanche Vérité descend du haut des cieux ;

Où semblent s'entr'ouvrir, dans l'air pâle et limpide, D'étranges profondeurs ; où, se sentant ailé. Ton esprit plus léger rêve un essor splendide, Une fuite sans fin dans l'abime étoile.

Tout grandit, au toucher divin du jour qui baisse. Sur les yeux qu'alourdit l'approche du sommeil, Ses rayons veloutés mettent une caresse.

Plus douce qu'un baiser à l'instant du réveil.

La paix est une fleur au crépuscule éclose.

Viens. Le repos est bon, même au bout de l'espoir. Viens à moi. La jeunesse est l'aube ardente et rose; Moi, je suis le lever de l'étoile du soir. »

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