AU BORD DE VEAU
IL est un sentier tout blanc d'aubépine, Près de Teau, le long des coteaux ombreux, Sur un vert tapis de mousse il chemine, Un petit sentier étroit d'amoureux ;
Et nous y venions dès que le sourire Du printemps mettait des nids aux buissons, Au sein des roseaux des accords de lyre.
Au haut des gaulis des chants de pinsons.
Et nous y faisions des projets sans nombre.
De tendres projets qui ne lassent pas,
Et sous le vieux saule aux rameaux pleins d'ombre,
La main dans la main nous causions tout bas.
Hier j'y revenais : tout me semblait morne, Le vent froid dans l'arbre avait des sanglots. Un pâtre soufflait au loin dans sa corne, Les roseaux courbés pleuraient sur les flots.
PHILIPPE BK SANYAL. ;fl87
Et pourtant la brise était aussi douce, Les oiseaux avaient les mêmes chansons, La même violette embaumait la mousse, Les nids se faisaient aux mêmes buissons.
Mais j'étais là seul, hier, et sans elle :
En vain les pinsons gazouillaient en chœur.
En vain la forêt tremblante était belle.
La plainte et;, le froid étaient dans mon cœur.