‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 180 sur 198 · NUIT D'ORAGE · texte numérisé non relu

NUIT D'ORAGE

L'homme s'est endormi, Tombre sent le mystère ; Les voiles de la nuit, où percent des points d'or, Semblent des crêpes noirs suspendus sur la terre. D'éclairs éblouissants la lueur éphémère Enflamme l'horizon : fantastique décor !

SYLVANE. 277

Sans un souffle dans Tair le feuillage frissonne Et toute la nature inquiète pressent L'orage qui palpite en ce ciel menaçant ; Déjà, dans les vallons ou sur la mer il tonne : Un terrible équinoxe enfantera Tautomne !

Des roulements puissants se heurtent dans la nuit Et, de sillons croisés se traçant une voie, Le feu du ciel rayonne, illumine, foudroie!...

Que pense l'homme ainsi tiré de son repos?...

Ces bouleversements dans la nuit flamboyante ,

Ces fracas d'éléments : les vents, le feu, les flots.

Ne remplissent-ils pas son âme d'épouvante ?

Là, verra-t-il toujours les effets du hasard ;

Ou terrassé, confus, tremble-t-il à l'écart !

Oui, ses yeux dessillés retrouvent la lumière

Qui jusqu'à lui ramène un souvenir béni;

Et sa lèvre pâlie essaie une prière

Quand son être éperdu plonge dans l'Infini :

« Me voici devant vous comme la feuille morte

Que Touragan détache et vers l'abîme emporte. . .

Mais il ne tombera pas un de mes cheveux

Que — vous l'avez promis ! — vous n'ayez dit : Je veux. »

La tourmente s'apaise ; une indécise aurore

Vient annoncer le jour et de rose colore,

Ainsi que l'espérance, au loin , les sommets clairs.

Sur l'azur languissant pend encore un nuage

Frangé de lambeaux gris lacérés avec rage;

Des oiseaux rassurés s'appellent par les airs.

Sur les bois de sapins passe un parfum de sève ;

S'il est troublé là-bas, ici le ciel est bleu ;

L'homme s'est rendormi, quand tout s'éveille... il rèvo

Qu'un moment, dans la foudre, il a vu passer Dieu !

SUR LA GREVE DU MENEC'Hl

Au Maître, à Leconte de Lisle.

TRISTESSE de Ja mer que suit, au loin, mon rêve! Tristesse du ciel rouge aux pâles teintes d'or; Tristesse des flots bleus qui chantent sur la grève...

Volupté de la Nuit dont le cahne m'endort I

Tristesse de Tamour qui rit au cœur des hommes ;

Tristesse des espoirs, tristesse des aveux !

Tristesse du bonheur de ce monde où nous sommes...

Volupté de rOubli par. qui je suis heureux !

Tristesse des splendeurs, des gloires et des flammes; Tristesse des esprits sous le mystère épais ; Tristesse de la folle illusion des âmes...

Volupté de la Mort qui donnera la paix !

LOUIS TIEBCELIN. 27!)

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