‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 179 sur 198 · A L'ABANDON · texte numérisé non relu

A L'ABANDON

LE vieux manoir breton, par caprice, est resté Hermétiquement clos et muet tout Tété.

Lui, si resplendissant, il a ces airs moroses Qui trahissent, parfois, la tristesse des choses.

Du parc silencieux les ondulants couverts

Penchent leur ombre en deuil autour des ronds-points verts.

Le troupeau de la ferme a, dans les avenues,

Repris droit de pâture, et des têtes cornues.

Sans respect pour autrui, dévastent les buissons

Où le merle sifflait ses dernières chansons.

L'herbe envahit le sable en ces blanches allées

Que l'automne remplit de feuilles envolées ;

Au milieu de Tétang s'abattent les roseaux ;

Un lit de nénuphars s'est formé sur les eaux ;

Les ponts sont effondrés : dans cette solitude

Règne de l'abandon la morne quiétude.

Cependant les rosiers qui voilent la maison

Ont donné, depuis juin, des bouquets à foison.

Pour qui doncleurs parfums?... Quelques rudes rafales

Demain vont lacérer ces languissants pétales

Et ces branchages verts qui, flottant librement,

Cachent le vieux logis sous un masque charmant.

Lorsque, dans les massifs, nouvellement écloses. Sur ce maussade seuil fleurissaient tant de roses, Le souple chèvrefeuille, enroulant ses anneaux, Suspendait alentour d'aériens berceaux ; ^Les papillons légers y revenaient sans cesse. Et la brise effleurait, d'une folle caresse, Cette fraîche oasis, ce toit mystérieux Que le soleil baignait de ses rayons joyeux.

De cette maison close où donc était le maître ?... Durant les jours d'été nul ne le vit paraître...

Combien d'àmes, rêvant d'elles-mêmes le don.

Le monde ainsi dédaigne et li\Te à l'abandon !.. Sur elles, un moment, la jeunesse rayonne; Le printemps de ses fleurs fièrement les couronne : Oh ! que d'êtres charmants, de tristesse voilés, Sans que le bonheur vint se sont étiolés !

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