‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 182 sur 198 · AU PAYS DU HÊVE · texte numérisé non relu

AU PAYS DU HÊVE

 mon cher maître, J.-M. de Heredia.

JE rêve rinconnu ! J'ai soif de Tlmpossible ! Et, vers un Bat très haut, mes désirs anxieux Volent, comme une flèche ardente, ayant pour cible La Fleur de la Montagne ou l'Étoile des Cieux.

Je voudrais les pouvoir saisir, tous ces Mensonges Qui dressent devant moi ton mirage alléchant, Terre Sidérale, où vivent dans mes songes La Couleur et la Forme et le Rythme et le Chant.

Par tes vallons, et par tes bois, et par tes plaines , J'irais, Pays du Rêve, aspirer lentement Les arômes subtils dont les molles haleines Autour de moi feraient comme un enlacement.

Sur tes monts les plus hauts, au choc des avalanches, Je heurterais l'orgueil de mon front indompté ; Je chercherais, parmi tes neiges les plus blanches. Un voile radieux à ma Virginité.

Dans les fauves rayons du soleil qui la dore. Je plongerais ma chevelure aux flots soyeux ; Sur ma joue étendant les roseurs de l'aurore , Je mettrais tout Tazur de la nuit dans mes yeux.

J'écraserais des fleurs de pourpre sur mes lèvres; Dans la mer je prendrais des perles pour mes dents , Et la Lune qui tient ma pensée en ses fièvres , Froide, frissonnerait sur mes membres ardents.

Et dans Theureux oubli des Anciens Jours moroses, En proie à cette ivresse aux magiques accords, Sur un lit constellé d'edelweiss et de roses, J'étendrais la blancheur sereine de mon corps.

J'écouterais monter les pures Ilarmonies Où le Silence et TOmbre ont uni leurs élans ; Et la Voix qui se plaît aux langueurs infinies Bercerait mon extase en des cantiques lents.

Et je regarderais la pâle Silhouette Longuement, longuement encor et longuement, Et j'entendrais monter les doux vers du Poète Que la Voix douce pleure avec enchantement.

Les heures, autrefois lentes, me seraient brèves, Et, sans regrets, sentant mon Etre se briser, Je mourrais du bonheur d'avoir vécu mes Rêves, En bégayant Son nom dans un vague baiser.

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