‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 190 sur 198 · ROBERT DE LA VILLEHERVÉ · texte numérisé non relu

ROBERT DE LA VILLEHERVÉ

LE FLORENTIN A VÉPÉE

MAIGRE comme un ardent coureur de grands chemins, Hàlé par les soleils qui font, lors des batailles, Fumer le sang aux bords déchirés des entailles Qu'en sa furie ouvrit son épée à deux mains ,

Le Florentin repose en sa force. Son àme

A passé tout entière au regard de ses yeux

Immobiles qu'emplit un rêve audacieux

De combats meurtriers et de moissons en flamme !

Il n'a d'autre désir ni d'autre espoir au cœur, Serviteur des courroux ou jaloux des estimes , Que d'abattre à ses pieds de livides victimes , Sans même souhaiter l'orgueil d'être vainqueur.

Que lui font le triomphe et les pleurs éphémères? Sa joie est d'entasser des mourants sur des morts. Gardez vos fleurs pour ceux qu'étreignent les Remords Et qui, frappant les fils, songent qu'ils ont des mères.

Lui n'a pas de ces vains soucis ! Calme et hautain , Il va dans la mêlée et se jette aux tueries, Sans hauberts imbriqués , sans cuirasses fleuries, Car il sait ce qu'il vaut , le brave Florentin !

Qu'il n'est pas de ceux-là que le nombre épouvante , Fùt-il seul contre dix, contre vingt, contre cent, Que rien ne brisera son glaive éblouissant, Et que la Mort, toujours fidèle, est sa servante.

Aussi regardez-le , vêtu de noir, front nu , Les mains sur le pommeau de Tarme inéluctable, Comme r Olympien Ares très redoutable, Beau , réellement beau , le tueur ingénu.

Et quand vous Taurez vu , pâle de Tespérance Que bientôt les combats anciens continueront. Essayez d'oublier le front cruel, le front Magnétique du fier meurtrier de Florence.

Faites pour le chasser des efforts surhumains Et fuyez vers le ciel, où les blancs Dioscures Rêvent, Tobsession des batailles obscures Que domine le vol de Tépée à deux mains.

Avec ses yeux d'acier luisant comme une lamé , Avec sa lèvre mince, où se tord durement Sa moustache , sa lèvre au pli rude et dormant Et qui ne rit jamais qu'à l'heure où la Mort clame,

Comme un spectre entrevu, la nuit, dans la vapeur. Vous ne l'oublierez plus, et dans votre mémoire, Il restera debout en son pourpoint de moire , Si grand que Ton admire et si froid qu'on a peuri

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