‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 189 sur 198 · LES CHEVEUX DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

LES CHEVEUX DE MA MÈRE

LE soir, quand pour dormir elle a défait ses tresses Et me laisse à genoux baiser ses cheveux longs, J'aime, en les renattant, à couvrir de caresses Les premiers fils d'argent éclos dans ces fils blonds.

J'y lis tout un passé de soucis et de crainte ;

J'y vois mes maux d'enfanl qui l'ont tant fait souffrir,

Et chaque nuit veillée a laissé son empreinte

Sur ce front adoré que le temps va flétrir.

Des efforts qu'elle a faits pour me rendre meilleure, Plus vaillante, plus sage et plus digne d'amour. Pour soulager qui souffre et consoler qui pleure, Chacun de ces fils blancs me représente un jour.

Aussi tous les joyaux et tout Téclat d'un trône La rendraient bien moins belle à mes yeux attendris, Bien moins chère à mon cœur, que la double couronne De sa bonté pensive et de ses cheveux gris.

C'est pourquoi, quand le soir elle a défait ses tresses Qui baignent son front pur de leur reflet changeant, J'aime à compter tout bas, par autant de caresses. Entre ces fils dorés les premiers fils d'argent.

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