‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 196 sur 198 · BONJOUR! BONSOIR · texte numérisé non relu

BONJOUR! BONSOIR

(souvenirs d'alsace)

JE traversais la vieille Alsace.

Le soir brunissait les houblons ; De grands burgs dressaient leur carcasse, Nids de serpents, aires d'aiglons.

La locomotive allemande S'arrête à Saverne en grondant.

A la voix rude qui commande J'entends les Vosges répondant.

La langue qu'ils avaient apprise, Ils ne la savent plus, ingrats !

La nature même est conquise Et le français se parle bas...

Tout bas. — Non pas. A mes pensées Faisant écho : « Bonjour ! Bonsoir ! »

Disent, passant entrelacées, Deux fillettes... je crois les voir :

Leur front de. jeunes druidesses S'encadrait de longs cheveux blonds ; La brise y mettait ses caresses, Le soleil couchant ses rayons.

Appuyant sur chaque syllabe, Elles unissaient leurs deux voix, Tandis que l'idiome souabe Heurtait le parler bavarois.

Ces mots vibraient si mélodiques Dans Tair mystique et parfumé, Que deux larmes mélancoliques Roulèrent sur mon poing fermé.

Ces enfants espéraient sans doute Qu'un Français leur dirait : « Merci, « Sœurs vaillantes qui sur la route « Nous criez : La France est ici!

<( C'est en vain qu'une borne altière

« Sillonne les champs d'Avricourt.

« Voulez-vous la voir, la frontière ?

« Tournez la tète vers Strasbourg. »

Enfants d'Alsace, troupe immense, Si vous voyez avec émoi Vos mères pleurer en silence, Ne leur demandez pas pourquoi.

Mais, à prier Dieu plus dociles.

Quand vous grimpez sur leurs genoux, Dites-lui : « Rendez-nous ces villes « Où nos morts dorment loin de nous ! »

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