‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 33 sur 198 · DOMINIQUE CAILLÉ · texte numérisé non relu

DOMINIQUE CAILLÉ

Et, je ne sais pourquoi, cette profonde idée Pendant longtemps plana sur mon àme obsédée ; Et, le front dans mes mains, auprès de mon flambeau, Je m'écriai : « Mon Dieu , n'est-ce rien que la vie ; Les biens que nous cherchons sont-ils dignes d'envie; Ne faut-il ici-bas qu'aspirer au tombeau? »

En méditant ainsi je m'endormis. La Morte

M'apparut et me dit : « Il faut que je t'emporte

Avec moi dans le ciel. » Je me sentis frémir.

Mais, sur mon front soudain mettant son doigt de flamme,

Avec elle, de terre elle enleva mon âme;

Et mon corps, sur mon lit, calme, semblait dormir.

Nous montâmes tous deux par-delà les étoiles.

Les anges et les saints m'apparaissaient sans voiles ;

Les séraphins jetaient un éclat radieux ;

Jéhovah rayonnait dans sa beauté suprême ;

Des astres d'or formaient son brillant diadème ; ,

On entendait partout des chœurs mélodieux.

Comme j'étais saisi d'une extase profonde, Elle me dit : « Regarde en bas et vois le monde. Veux-tu reprendre un corps et revivre, dis-moi? » Et me penchant alors au-dessus de Tabime, J'aperçus l'homme en proie h la misère, au crime, Et je lui répondis : « Non, je reste avec toi. »

Nous primes notre vol dans la voûte infinie

Où tout n'est que lumière, où tout n'est qu'harmonie,

Où les astres brillants célèbrent le Seigneur !

A mes yeux enchantés disparaissait la terre,

Et mon âme planait à travers le mystère.

Dans le ravissement, l'extase et le bonheur.

Soudain je m'éveillai. Mon rêve comme une ombre Disparut. Je revis la terre froide et sombre Où rhomme, nuit et jour, ne cesse de souflFrir. Depuis , les yeux tournés vers la voûte céleste , Le cœur plein de dégoût pour ce monde funeste. Je demande au Seigneur de me faire mourir.

(A if bord de la Ch^zine.)

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