‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 32 sur 198 · LE RÊVE · texte numérisé non relu

LE RÊVE

JE venais tristement de conduire à la tombe Celle que j'adorais. ma chaste colombe, Trop vite dans le ciel vous aviez pris l'essor ! Et je me rappelais sa charmante figure, Ses doux baisers, sa voix mélancolique et pure, Son front blanc, ses yeux bleus et ses longs cheveux d*or.

Et je rentrais chez moi la tristesse dans Tàme.

J'y trouvais mon foyer solitaire et sans flamme ;

Triste, l'appartement par sa grâce embelli.

Dans la chambre témoin de notre mariage,

Mes yeux en pleurs voyaient là-haut sa douce image

Suspendue en un cadre au-dessus de mon lit.

J'entendais retentir les horloges dans l'ombre : Elles semblaient sonner à travers la nuit sombre L'inexorable glas de mon bel avenir.

Mon cœur aurait voulu douter qu'elle fût morte; Mon oreille écoutait chaque bruit de la porte, Comme si sous mon toit elle allait revenir.

Distraitement je pris un livre d'Euripide ,

Je l'ouvris au hasard, et, de mon œil humide,

J'y lus ces quelques mots sur le terrestre sort :

« Peut-être, Homme du jour, la mort qui vous effraie

« Est le commencement de l'Existence vraie !

« Et peut-être la Vie est pour vous une Mort. »

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