‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 54 sur 198 · STABAT MATER · texte numérisé non relu

STABAT MATER

(tableau de PAUL DELAROCHE)

DEVANT ces yeux sans pleurs et ces lèvres sans cris, Chrétiennes qui souffrez, étouffez le murmure. La douleur, la voilà ! la douleur sans mesure : La souffrance et l'amour divinement compris !

(Les mauvais jours.)

JACQUES FLEIRY

ROTHÉNEUF

(fragment)

A ma ftUe Henriette.

SUR les bords de Ja Manche, auprès de Saint-Malo, J'ai placé mon castel au détour d'un Ilot.

La mer, de siècle en siècle, a rongé la falaise Pour coucher mollement et bercer plus à Taise La vague fatiguée aux coups de tous les vents. Entre deux rocs aigus, quelques sables mouvants, Sous l'assaut éternel des flots, de la tempête, Ont fléchi, puis croulé de la base à la tète, Laissant un grand sillage ouvert au choc des eaux, Comme un vallon se creuse au pied de deux coteaux. L'Océan, goutte à goutte, élargit l'ouverture, Créa le petit havre, orné d'une ceinture De caps in offensifs, de pointes, de rochers. Où l'on voit s'abriter la barque des nochers. A peine est-ce la mer, c'est plutôt une esquisse. L'image en raccourci d'un beau lac de la Suisse. J'ai mis là mon logis coquet, mignon, tout neuf. Un peu loin du village. Il a nom Rothéneuf.

En face du goulet, sur un tertre, il élève Ses balcons ajourés qui dominent la grève.

JACQUES FLEURT. 71

L'œil étonné, ravi, tourne et flotte incertain

Sur les brillants tableaux qui parent le lointain.

A Tendroit où la mer dans ses bornes s'irrite,

On voit à rhorizon T Océan sans limite

Marier ses flots bleus à la voûte du ciel

Et prendre au firmament un baiser immortel.

Le canot du pécheur sous la voilure blanche

Suit le souffle du vent, se couche sur la hanche,

Pareil à l'alcyon par l'onde balancé,

S'en va de lame en lame à peine cadencé ;

Tandis que du steamer la masse lourde et sombre .

S'enfuit et disparait et sème comme une ombre,

Sur l'écume des flots haletants de stupeur.

Les nuages épais de sa noire vapeur. '

Sur les eaux étendue, au loin, l'Ile Besnard

Aux assauts de la Manche oppose un fier rempart.

Ce pilier de granit aux flancs nus et sauvages

Rappelle éloquemment la lutte des orages.

A ses pieds dédaigneux, des rocs que les Titans

Dans leur fuite ont laissés pour témoins éclatants.

L'un sur l'autre entassés dans lin désordre informe.

Font reculer les flots devant leur masse énorme.

Là, le pic de la Chèvre enfoncé comme un coin

Semble dire à la mer : tu n'iras pas plus loin !

Là, des blondes moissons couvrent la cime altière ;

Ici, la lande étale un tapis de bruyère,

Revêt de pourpre et d'or la pente du coteau.

Peint sur le noir rocher les fleurs de son manteau.

(Réveils poétiques.)

Page 1