UNE LUTTE INÉGALE
UN merle sautillait gaiment sur le gazon.
Un gros matou, tapi dans sa fauve toison, Le guettait en levant la patte , Et déjà se disait : Quel repas succulent !
Quel bonheur, si je puis me mettre sous la dent Cette chair fraîche et délicate !
L'oiseau, de son côté, surveillait Tennemi; Mais s'il en avait peur, ce n^était qu'à demi,
Sachant qu'un peu de vigilance Le mettrait à l'abri des griffes du glouton.
Le matou cependant, allongeant le menton.
Le corps tendu , d'un bond s'élance.
Tout près , sur la pelouse, était un arbrisseau.
Se poser au sommet fut un jeu pour l'oiseau ;
Le chat n'admet pas sa défaite.
Il se cramponne au tronc , grimpe vers son butin ,
Et, les crocs aiguisés pour un royal festin ,
Ya d'un seul bond toucher au faite.
I î î LF PARNASSE BRETON CONTEMPORAIN.
Mats , û tlëception ! fatal retour du sort !
L'oiseau nV-st plus dans Tarbre , il a pris son essor,
1^1 plane en chantant dans l'espace.
Li* cli^it, d'un œil navré considérant son vol, N'a plus , paur s'étourdir, qu'à chercher sur le sol
Les débris de quelque carcasse.
Noire matou t trompé dans ses calculs pervers, (''est In Force aspirant à dompter l'univers ;
L oiseau ligure la Pensée.
INiin- l;i ^ siincre , elle aussi , que d'efforts incessants. Mais loitjiiurR déjoués et toujours impuissants,
htme tyrannie insensée !
Contre t*llr employez donc le knout ou les verroux! 'fous ris moyens usés d'un stérile courroux
Lui donnent des forces nouvelles.
fVest alors ((u'elle atteint aux sublimes hauteurs, El mou In* mieux encore à ses persécuteurs
Oo'elle a, comme Toiseau, des ailes.
PAUL KERLOR
(PAUL PHILOUZE)