‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 85 sur 198 · CHANT DU BARDE TALIÉZIN · texte numérisé non relu

CHANT DU BARDE TALIÉZIN

JE parle et je comprei^ds la langue d'Armorique , J'entends la voix d'Ésus au bord de l'Océan Et le3 chants que redit, près du dolmen antique , Le grand barde Ossian.

J'ai vu verdir le gui maintes fois sur le chêne, Depuis que je suis né pour la douzième fois ; Herbe d'or, samolus, primevère et verveine Croissent toujours au bois.

Mais on ne verra plus , chez nous , le grand druide Chercher le gui sacré comme on cherche un trésor ; On ne le verra plus trancher la plante humide Avec la serpe d'or.

Hélas! Les vaillants chefs aux longues chevelures Dorment tous dans les cairns, sous le riant gazon ; C'est en vain que je crie au champ des sépultures : « Vengeance! Trahison! »,

« Debout ! Aux maux d'Arvor il faut de prompts remèdes 1 » Mais d'impuissants échos entendent seuls ma voix : Trahison et vengeance ! On a dans les Némèdes Osé planter la Croix !

Et Tarann dans les cieux a gardé son tonnerre ! Camul n'a pas montré combien son bras est lourd ! Et Tentâtes n'a pas anéanti la terre ; Ésus est resté sourd!

Qu'étes-vous devenus, dieux puissants, redoutables; Vous, Druides fameux, gloire et teiTeur d'Armor? Qui vous a terrassés, chevaliers indomptables. Guerriers aux colliers d'or?

Barde, j'ai violé l'asile des neuf Sènes; Seul, parmi les mortels j'en suis sorti vivant : Le temple était désert, je n'ai vu que des chênes Se balancer au vent.

Tout passe! nos plaisii*s, nos rondes et nos danses, Nos banquets fraternels, les concours du bardit. Les combats à l'épée et la fête des lances , Tout passe ! Qu'ai-je dit?

Aux ténèbres succède une aurore nouvelle; La terre a son soleil, la tombe a son printemps ; Dylan plus d'une fois m'a pris dans sa nacelle, Et j'ai dormi longtemps!

J'ai dormi très longtemps du lourd sommeil des ombres. Et mon corps a changé de formes plusieurs fois ; J'ai volé dans les airs, nagé dans les eaux sombres, Et rampé dans les bois.

LÉO KERMORVAN. 119

Mais mon àme, au milieu de ces métamorphoses , N'a jamais varié, c'était bien toujours « moi ! » Et je vois qu'il en est ainsi de toutes choses , Sans comprendre pourquoi.

Nos menhirs sont restés, et le passant frissonne En contemplant, le soir, ces énormes débris.

Vous parlez et j'entends! Votre langue bretonne Est celle des Kimris.

En l'honneur de vos saints, des feux comme les nôtres, Tous les ans, dans la nuit, éclairent votre sol ; Ces feux sacrés, avant de fêter les apôtres, Ont brillé pour Héol.

Nous changeons sans motif les noms des dieux eux-mêmes; Croyant les immoler, nous brisons leurs autels. Et cependant les dieux, malgré nos anathèmes. Sont toujours immortels.

Tant que des feux sacrés luiront sur la montagne , Tant qu'un menhir tiendra debout dans le taiUis, Que l'étranger t'appelle Armorique ou Bretagne, Tu seras mon pays.

Et je viendrai te voir, ô pays du mystère, Je me sentirai vivre à ton air embaumé ; Ton sol sera toujours, pour le pauvre trouvère, - Le sol le plus aimé.

Sans jamais défaillir, tu traverses les âges ; Grand comme le passé, tu l'inscris au burin ; Sol de granit, à toi les chants et les hommages Du vieux Taliézin!

âUL> KER!ŒW0T

LOnS HÉMOX

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