‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 101 sur 217 · CHARLES LE COZ. I.'JS · texte numérisé non relu

CHARLES LE COZ. I.'JS

(( Voulez-vous point danser, Yvonne ? » Yvonne n'a pas répondu, Mais sans rien dire elle abandonne Son parapluie au grand Dourdu.

Ils s'en vont rejoindre la chaine, Et s'éloignent de Kergorec, Mal habile à cacher la gène Qu'il éprouve de son échec ;

Tous les deux, entrés dans la danse, Se tiennent par le petit doigt, Et sautent, marquant la cadence, Scrupuleusement, comme on doit.

Alors blanc et noir, vert, bleu, rose.

Se développe le rul^an

Des danseurs, à bizarre pose.

Et d'aspect gaillard et flambant.

Dans les trémoussements des groupes.

Comme poissons pris au filet, On voit frétiller sur les croupes Les jupes formant bourrelet :

Parfois un gars, en courte veste Et chapeau rond aux larges bords, Bondit très haut, farouche et leste, Les bras raidis le long du corps ;

Il sort de sa poitrine nue

Un cri sauvage : « IIou ! hou ! hou ! »

Qui domine la voix ténue

De la bombarde et du biniou.

134 LE PARNASSE nRETON CONTEMPORAIN.

Et la chaîne toujours ondoie, Avec ses enchevêtrements, Ses repHs, ses éclats de joie Couvrant le son des instruments.

Quand la contredanse est finie, Les filles aux g'ars, à l'écart, Redemandent leur parapluie Avec un suppliant regard.

Dourdu refuse de le rendre.

Yvonne voudrait s'en saisir ; Mais Dourdu se montre si tendre Qu'elle cède... sans déplaisir.

Ils se dirigent côte à côte Vers un sentier ombreux et frais, Où croissent la fougère haute, Les ajoncs blancs et les genêts ;

Ils entretiennent à voix basse Un dialogue lang'oureux ; Yvonne rit, Dourdu l'embrasse, En descendant le chemin creux.

Et dans le lointain, les bombardes Et les binious auprès du bourg Unissent leurs notes criardes Aux sourds roulements du tambour.

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