‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 106 sur 217 · LE LEPREUX D IS AUX BERGERS · texte numérisé non relu

LE LEPREUX D IS AUX BERGERS

APPROCHEZ : il est temps que toute' oreille écoute. C'est une chose horrible à ce point, que je doute Si j'ai rêvé ce que je dis. . .

Non!.., La lune g-laçait l'eau de sa clarté blonde... J'ai bien vu ; mais je vais terrifier le monde : Is, . . est morte ! . . . la ville d'is !!I

Is est morte, vous dis-je ! . . . Is, la ville éternelle. L'Océan a jeté son suaire sur elle ;

Et la terre tremblait au bruit.

Is n'était rien de plus qu'un trésor qu'on dérobe. Il la prit, je l'ai vu, dans les plis de sa robe,

Comme un voleur pendant la nuit I

JEAN LE FUSTEC. 141

Morte !... C'est bien fini!... Gardez vos cris de haine. La sainte vérité m'a conduit sous le chêne

Dire ce désastre effrayant.

La cité dont je parle est tombée en ruines ; Is que Ton se montrait des lointaines collines ;

Is qu'on nommait en souriant !

Les voyageurs venus des pays qu'on ignore, Et qui vous ont jeté quelque salut sonore,

Comme un tintement de grelot; Tous ces navires où, sur des rythmes mystiques, Les rameurs entonnaient des bardits héroïques

En la voyant surgir du flot ;

Tous errent sur la grève, affolés et livides, Sur les rochers muets et sur les plages vides,

Pareils à des ressuscites Qui chercheraient leur àme à l'entour de la tombe ; Personne n'est venu leur dire l'hécatombe :

Ceux qui la savent sont restés.

Ils sont restés dans Is ; tous y sont à cette heure Et battent de leur front les murs de leur demeure,

Hagards, béants, les yeux éteints.

Pauvres amours surpris, agapes lamentables ! Et maintenant la mer sur les lits et les tables

Donne à, ses monstres des festins.

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