‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 124 sur 217 · L'ANE ET LES FLEURS · texte numérisé non relu

L'ANE ET LES FLEURS

LE plus jeune des fils tVuue pauvre bourrique, Un îuie au poil luisant, gras, rond et l)ien jambe,

Au licou s'était dérolié Et sautait, un matin, loin du toit domestique. Il arrive en un pré : le dahlia vermeil, Les tulipes, les lis s'y chauffaient au soleil.

Roussin est tout fier de se dire

Conquérant de ce bel empire.

De Tune à Tautre fleur courant, le campagnard Daigne leur octroyer Thonneur de son regard,

Au muguet, il jette un sourire ;

La tulipe un moment l'attire ;

A la rose il chci'che comment

Tourner un joli compliment.

Mais le voilà parti : rose reste seulette ; Le baudet en passant foule la violette

Qui se brise sous ses pieds lourds.

Adieu lis magnifique, adieu rose nouvelle ; Làne a su découvrir une chose plus belle :

Un chardon, \oilà ses amoui^s !

FRANÇOIS LONGUECAND 168

Souvent ainsi, livrée au jui^er d'un profane, Dans le monde du cœur, dans le monde de l'art, La rose délicate est laissée à l'écart,

Et le chardon trouve son âne.

(Fables.

Page 1