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POEME DU SOIR

LE soir a pour moi tant de charmes Que, malgré rabaudonnement De l'aJjsence, je sens les larmes S'arrêter dans mon cœur d'amant, '

Je t'envoie, ô mon enfant blonde, Ces quelques vers rêvés jadis Lorsque devant la mer profonde Tu m' entr' ouvrais le paradis !

Le brouillard d'or du soir s'étend sur les chemins, Tout s'apaise. Aux grands bois de vagues ritournelles, En glissant sur les prés parfumés de cenelles, Dans leurs discrets accords parlent des lendemains. Le brouillard d'or du soir s'étend sur les chemins.

THOMAS MA.ISONNEUVE. 175

Les amoureux s'en vont attendre les aimées An rendez-vous divin dans les soml)res sentiers ; Sur leur lit de rameaux dorment les églantiers ; Et, tandis que les nids chantent sous les ramées, Les amoureux s'en vont attendre les aimées.

Les cieux sont parsemés de flocons de carmin Qui flottent dans l'azur insensiblement rose. Il n'est plus sur la terre une chanson morose. Si dans l'ombre surgit la blancheur d'un jasmin, Les cieux sont parsemés de flocons de carmin.

L'aveu renaît au cœur, idéalement tendre,

La lèvre sent monter la chaleur du baiser.

Et le désir d'amour lentement vient poser

Le doux étonnement que l'on cherche à comprendre.

L'aveu renaît au cœur, idéalement tendre.

C'est le nocturne chant qui rend l'homme songeur. Qui fait frémir en nous l'immense poésie, Où chaque mot nous semble un parfum d'ambroisie Flottant sur le parcours du zéphir voyageur. C'est le nocturne chant qui rend l'homme songeur.

Dans les pourpres crépusculaires Les chansons ont plus de douceurs.

Et les rêves se font berceurs ; Partout se calment les colères Dans les pourpres crépusculaires,

Dans leurs sillons des firmaments, Une à une sortant des voiles, Les harmonieuses étoiles Reviennent sourire aux amants Dans leurs sillons des firmaments.

Si tu le voulais, ma mignonne.

Afin d'imiter les oiseaux Qui s'embrassent dans les roseaux, Nous irions au bois qui fleuronne, Si tu le voulais, ma mignonne.

Nous échangerions nos aveux, Blottis sous les feuiUes dormantes ; Tandis que les brises charmantes Entremêleraient nos cheveux.

Nous échangerions nos aveux.

Le soir est l'heure où tout soupire :

Roses des bois, oiseaux chanteurs.

Poète, amant, cieux enchanteurs.

Ce qui rêve, ce qui respire; Le soir est l'heure où tout soupire !

Dans son rayonnement superbe S'est couché le soleil divin.

Ajoutant au sombre ravin Un rulîis à chaque brin d'herbe.

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