SPES
A M. V. Basch.
ANS le vol large et blond des rythmes éperdus . Le poète meurtri va calmer sa souffrance Et puiser du cor rage à la vieille espérance De retrouver là-haut tous les Edens perdus.
Que le ciel soit vivant ou qu'il soit chose morte, Que le bleu firmament auquel nous aspirons A^e soit qu'une ironie immense sur nos fronts; Que l'au-delà soit vide, au poète qu'importe I
Qu'importe , puisqu'un jour l'espoir a dans son cœur Ouvert, comme au hasard, sa floraison féconde, Et jeté sous ses yeux la vision d'un monde Où l'air serait moins lourd et le rêve meilleur !
Et qu'il soit vérité, ce réveil, ou soit leurre, Le poète altéré , las désespérément , Boira comme un suprême et saint apaisement Dans cet espoir lointain, ne duràt-il qu'une heure I
SONNET
A Ch.ii-l.'s Saint-Mieux.
SI lu te s(!ns atteint des modernes névroses, l']t si ton dés(;sp()ii' est encor plus profond , Après avoir vidé, sans ci'ainte , jusqu'au fond, ('es coupes (pii, de loin, ont le parfum des roses;
EDOUARD BEALFILS. 11
Si nos vieilles cités où stagnent les chloroses , Si les hommes pervers et le vain bruit qu'ils font Ont à jamais blasé ton cœur qui se morfond, Impuissant à tromper Tennui des jours moroses;
Fuis courageusement nos villes de péché, Et sans te souvenir que tu fus débauché . Cherche l'apaisement des solitudes hautes,
Afin qu'après avoir, dans leur sérénité , Endormi ses douleurs comme oublié ses fautes, l'on âme sans frayeur songe à l'éternité!
PREMIER soin
C'ÉTAIT le jour fatal de la première faute. La vie apparaissait aux pâles voyageurs , Pénible et rude, ainsi qu'une montagne haute.
Le soir venait splendide, et ses calmes rougeurs S'épanchaient à travers l'Eden rempli d'ivresses ; Eve était prèsd'iVdam, tous deux marchaient songeurs.
Eve laissait flotter au vent ses longues tresses Qui retombaient sur elle avec les ondoiements Des chevelures vierges d'ardentes caresses.
Adam, sous le fardeau des destins iucléments, N'admirait plus la femme en sa splendeur première, Le regard plein d'éclairs et d'éblouissements!
Autour d'eux, cependunt, pâlissait la lumière, Les clairs rayonnements s'éteignaient dans le soir, Et les étoiles d'or entr'ouvraient leur paupière.
Ainsi que des parfums montant d'un encensoir. Des ombre'% s'élevaient lentement dans la nue; Et c'était effrayant et lugubre de voir
Les formes se noyer dans la nuit inconnue.
Le ciel se remplissait d'une obscure lueur
Que les premiers humains n'avaient pas encor vue.
Et blêmes , dans l'atroce attente et la frayeur, Tous deux, comme effarés de ces métamorphoses Dont le mystère étrange épouvantait leur cœur.
Rêvèrent comme on rêve au long des soirs moroses ,
Et, sous l'inaltérable et stellaire clarté.
Ils versèrent longtemps des larmes sur les choses.
0 les pleurs, les premiers pleurs de l'humanité!
MARCEL BÉLIARD