LES CLOCHES
LOCHES des vieilles tours, cloches crépusculaires, Pleurez votre souffrance en vos robes fêlées ,
Et vos gémissements aux calmes envolées Berceront nos dédains, nos mépris, nos colères.
Cloches, cloches du soir, cloches mélancoliques, Vous évoquez l'effroi d'enténèbrements proches : Le chœur des trépassés, ô cloches, pauvres cloches^ Se lamente parmi vos frissons métalliques!
On dirait, dans les soirs languissants des dimanches, Que vous vous éteignez, et que l'élan des brises Emporte dans son vol , au-dessus des éghses , Avec vos derniers chants, des âmes toutes blanches 1
Mourez-vous d'anémie et de pùles névroses, 0 cloches! que vos voix sont toujours si dolentes? A-t-il neigé sur vous , ce deuil des neiges lentes Où les êtres se sont effondrés, et les choses?
Vous me psalmodiez je ne sais quelles plaintes Et quels vagues sanglots, veuves inconsolées, D'amours ensevelis sous l'herbe des allées , De rayons disparus, d'auréoles éteintes.
0 cloches! vous sonnez d'étranges agonies Pour les crucifiés des couchants grandioses , Et la mort du soleil nimbé d'apothéoses Vibre dans votre angoisse en larges symphonies!
Vous sonnez de longs glas aux lassés de la vie, A ceux c[ui n'ont d'espoir que dans la tombe seule , Et qui clament la mort, rêvant qu'on enliuceule D'un éternel repos leur âme inassouvie !
Vous sonnez de longs glas aux jeunes fiancées
Qui, dans leurs blancs tombeaux baignés des lunes blanches,
Songent de purs hymens et de fières revanches
Sur l'insensible mort qui les a terrassées !
Vos rythmes lents, pareils aux voix des vierges pâles , Réveillent dans les cœurs les souffrances anciennes. Vous les remémorez au chant de vos antiennes , Sur des rythmes très lents, graves comme des râles.
Lentement, lentement, dans la nuit souveraine, La cloche triste épand ses notes cristallines , Et, des vais ignorés au sommet des collines. Ses larmes de cristal la cloche triste égrène.
EDOUARD BEAUFILS.
Et, lasse eiitiii , l'ayant la douleur qui la liante, Elle a laissé tomber ses battants inutiles, Tandis que les rumeurs montant du sein des villes Etouffent ses derniers soupirs d'agonisante !
SONNET
A Charles Collin.
NOUS avons tous au cœur quelque folle chimère, Quelque rêve insensé dont le désir nous mord, Et nous nous épuisons à maudire le sort Qui s'oppose sans cesse à l'illusion chère.
Et nous nous lamentons sur l'existence amère; Mais nous gardons en nous, même jusqu'à la mort. Cet espoir, renaissant toujours comme un remord. De voir enfin fleurir notre rêve éphémère.
Fantôme de bonheur sans trêve poursuivi , Combien t'ont pu saisir? Combien l'ont assouvi, Ce désir lancinant d'un idéal qui leurre?
Oh! quand le marbre noir pèsera sur nos fronts. Seigneur, est-ce le jour où nous les étreindrons. Ces bonheurs des lointains paradis que je pleure?