THOMAS MAISONNEUVE
Nous aurons luèiiie songe, est-ce pas, mon amie? Car nous avons même âge et même illusion. Le printemps nous a mis au cœur la passion Qui nous rendra joyeux l'espace de la vie. Nous aurons même songe, est-ce pas, mon amie ?
Pour bercer ton sommeil, veux-tu, je chanterai De nos vieux souvenirs la tendre ritournelle ; Et, d'un baiser furtif effleurant ta prunelle, Pour t'admirer longtemps, pensif, je veillerai. Pour bercer ton sommeil, veux-tu, je chanterai?
En voyant nos amours si chastement heureuses, Le soir apaise encor ses dernières clartés; Et l'essaim vagabond des lentes voluptés Fait surgir au ciel noir les étoiles peureuses. En voyant nos amours si chastement heureuses.
Le même ange sur nous étend son aile d'or.
Il te prend pour ma sœur, tant ta caresse est pure.
Ton sein soulève à peine un coin de la guipure,
Et ton àme parfois en mon âme s'endort.
Le môme ange sur nous étend son aile d'or.
LOUIS marsolleàu
OPHELIE
PHÉLiE , avec des fleurs , bercée au flot , S'en va très pâle et trépassée au fil de F eau.
Renversée , et ses cheveux tramant sur l'onde , Ses froids yeux bleus perdus au ciel, fragile et blonde,
Elle va, la bouclie ouverte, laissant voir Ses blanches dents. Le fleuve lent semble un miroir.
C'est l'aurore. Un frais frisson court dans les branches , Les nénuphars ouvrent sur l'eau leurs splendeurs blanches.
Sur les bords, s'éveillent clairs les chants d'oiseaux. La brise penche, à son passage, les roseaux.
Ophélie, avec des fleurs, au flot bercée, Au lil de l'eau s'en va très pâle et trépassée.
LOUIS MARSOLLEAU. 181
Romarins déchiquetés, l)OU(|uets broyés; Espoirs finis, baisers perdus, amours noyés,
Quelquefois , désir de gloire , amour de femme , On sent en soi passer un rêve, au fil de l'âme.
Ln beau rêve, aurore en fleur, joyeux et fort. On s'aperçoit quand on y touche, qu'il est mort.
Romarins déchiquetés, roses broyées, Espoirs finis, baisers perdus, amours noyés.
Ophélie, avec des fleurs, bercée au flot , Là-bas, bien loin, s'en est allée, au fil de l'eau.