‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 145 sur 217 · A CELLE QUE J'AIME · texte numérisé non relu

A CELLE QUE J'AIME

COMME un bijou nacré brillent tes ongles roses, S'effilant sur la chair au reflet velouté. Tes yeux, comme un miroir, reflètent toutes choses, Mais semblent accablés d'un poids de volupté.

Quand sur le divan ])leu mollement tu reposes, ,1'aime, pour travailler, t'avoir à mon côté; Entre mes bengalis et mes bouquets de roses, Tu règnes sans souci, blanche divinité!

Mais quoi! Les feux du jour ont rouvert ta paupière, Le soleil, t'inondant de ses flots de lumière, Glisse ses flèches d'or à travers le lampas;

Et tu marches vers moi, caressante et plaintive, Comme une jeune fée à la fois douce et vive. . . Tout beau! Tout beau. Minette? Et qu'on ne griffe pas!

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EMILE MlCllELET

VESPERAL

MÉLANCOLIQUEMENT tombe le soir d'automne : L'or pâle du couchant baigne les arbres roux. Lointaine, une vapeur par masses met des flous Sur les contours lavés de teinte monotone.

Lentement vers le sol le silence descend,

Comme avec un regret de quitter les cieux vastes,

Comme avec un refus du labeur salissant

De jeter sur les cris humains ses voiles chastes.

Moribondes, les voix, dans leur suprême ampleur, Yont s'assoupir avec l'inerte effort des râles, Lointain rappel d'ahans vomis par la douleur, Et de mots chuchotes au coin des nuques pâles.

Et sous tes plis fermés portant le vague espoir D'un lendemain nouveau, révélateur d'un monde, Dans l'âme triste tu descends, ô calme soir! Mélancolique et doux comme un amour de blonde.

VESPERAL

Dans le calme des soirs pâlis, Notre étreinte se fait meilleure :

De la sérénité de l'heure, Frêle amante, tu t'embellis.

Notre étreinte se fait meilleure :

Tu te nommes Amaryllis, Et le dernier soupir des lys.

Mélancolique, nous effleure.

De la sérénité de l'heure Naissent pour nos cœurs amollis Les souvenirs et les oublis ; L'espoir sourit, le regret pleure.

Frêle amante, tu t'embelhs De la splendeur extérieure, Tandis que la chose demeure Dans le calme des soirs pâhs.

VESPERAL

Ne tends plus vers l'horizon Tes yeux frissonnants de rêves :

Parut-il une saison Dont tu n'aies senti les glaives?

Ne hausse plus vers les cieux Tes yeux fleuris d'espérance :

Les oiseaux des soirs joyeux Sont partis dans le silence.

EMILE MICHELET. 19o

Ne penche plus vei'S la mer Tes yeux alourdis de larmes :

La Sirène au vent d'hiver Perdit l'art sacré des charmes.

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