RESURRECTION
Mors et vita duello Conflixere mirando.
SUR ma tète à demi baissée Je posais ma main lentement, Et je sentais que ma pensée N'avait plus de frémissement.
Je voyais mes enthousiasmes, Les rêves purs que je rêvais, Empoisonnés par les miasmes One soufflent tous les vents mauvais.
L'égoïsme de ta doctrine, 0 siècle, ton doute moqueur, Plongeant au fond de ma poitrine, Empêchait de Ijattre mon cœur.
Et lorsqu'on moi fut tué Thomme Qu'animait la foi du passé, Il me sembla (|ue j'étais comme Un cadavre eralvanisé,
STANISLAS MILLFT. 197
Une machine ingénieuse Qu'un ressort caché fait mouvoir, Une chose très curieuse Qui chemine sans le savoir.
Et tout en moi, par la magie D'un sombre désenchantement, Dans l'immobile léthargie S'endormait éternellement.
Tel qu'un mort dans la fosse noire J'allais bientôt me consumer :
Mon àme ne savait plus croire , Mon cœur ne savait plus aimer.
Mais le jour bleu, charmant et rose, Sait réveiller l'homme qui dort.
En balayant la nuit morose Qui ressemble tant à la mort.
Un amour plus frais que l'aurore Et plus ardent que le midi, Plus pur qu'un ciel que le jour dore, Recréa mon être engourdi :
L'âme qui croit, l'esprit qui pense, Le cœur qui sent s'est réveillé Sous la tant bénigne influence De mon amour ensoleillé.
CHANT DE MYRTIS
Myrlis, jeune Troyeniie, captive d'Ulysse, jetée par une tempête sur une île déserte aveu quelques compagnons, chante ces stances au lever du soleil.
CE rivage solitaire , Pour d'autres plein de mystère, Est pour moi plein de douceur :
Ici je réponds encore A tes sourires, Aurore, Aurore, ô ma blonde sœur !
Aux lointains pôles des mondes, Sur les plaines infécondes Où dorment les alcyons, Et sur la terre opulente.
Tu dardes étincelante La flèche de tes rayons.
Dans ta marche triomphale, Douce amante de Céphale, Tu visites l'univers; Sous tes baisers l'herbe ploie ; Tu mêles souvent la joie Aux tristesses des hivers.
Sœur divine de Cybèle, N'est-ce pas que je suis belle.
Et que nous nous ressemblons ?
Nos cœAirs ne sont point moroses.
Et nous baignons nos pieds roses Dans l'eau pure des vallons.