‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 149 sur 217 · ABBÉ MAX NICOL · texte numérisé non relu

ABBÉ MAX NICOL

LA FEVE

ILS étaient là, campés près d'une vieille église, Surveillant l'ennemi, sans être vus, gaiement ; Quand l'un deux, un vieux brave à la moustache grise, Gourmandant un conscrit qui songeait tristement : « Allons, dit-il, je hais ces gens à face blême, Qui rentrent dans leur coque, ainsi qu'un escarg^ot. Laisse donc de côté ta mine de carême ; Et puis, tu chanteras, en jouant du flingot. Vois-tu ma croix, petit? Ça fait lever la tête : Quand on la sent briller sur son cœur, on est fier.

— Je voudrais bien l'avoir aussi. — Mais ça s'achète : Il faut donner son sang. — Bah ! ce n'est pas trop cher. » Et le conscrit, levant sa figure enflammée, Regardait, sans pâlir, de ses yeux éblouis.

Le rude vétéran d'Afrique et de Crimée,

Redevenu soldat pour venger son pays.

« Bravo ! dit le troupier ; mais d'où vient ton air triste ?

— C'est que. . . — C'est que parfois l'on tremble pour sa peau ? Qu'on a peur, n'est-ce pas ? de compter sur la liste

De ceux qui sont tombés sous les plis du drapeau?

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