‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 150 sur 217 · ABBÉ MAX NICOL · texte numérisé non relu

ABBÉ MAX NICOL

— Non ! l'ainoiir du pays des enfants fait des hommes, Qui meurent, s'il le faut, et ne reculent pas.

Si je rêve aujourd'hui, c'est que de doux fantômes Viennent me rappeler les miens, qui sont là-bas. L'avez-vous oublié? demain, c'est grande fête. Dans la vieille maison perdue au fond des bois, Je vois, avec mon cœur, la famille inquiète. Sans moi, se réunir près du gâteau des rois...

— Allons, dit le sergent, faut pas pleurer : c'est bête! » Et sa main essuyait furtivement ses yeux.

« A festoyer sans nous la famille s'apprête ;

Le regretter, c'est lîien ; mais l'imiter, c'est mieux. »

A ces mots, la gaieté reparait dans le groupe.

Un four est là, tout près, au penchant du coteau :

De ses habiles mains l'artiste de la troupe

Façonne avec amour un énorme gâteau.

Ce n'était qu'un amas de farine noirâtre ;

Mais, contents de leur œuvre et narguant le péril,

Les soldats le portaient sur les pierres de l'àtre,

Embroché crânement au canon d'un fusil.

« Attendez! s'écria soudain l'enfant. — Attendre?

Ce petit volontaire est comique aujourd'hui.

Quand on fera les parts du gâteau jaune et tendre...

— Mais il y manquera... — Quoi donc? — La fève. — Ah! oui!

— Je voudrais bien pourtant la trouver dans la mienne. Sans elle, pas de roi; sans roi... — C'est désolant! » Il n'avait pas fini, qu'une balle prussienne,

A deux pas, sur le mur, s'aplatit en sifflant. « Merci, messieurs ! reprit le héros : c'est la fève. Enfournons maintenant le chef-d'œuvre, et demain Avec tous les soucis nous ferons une trêve. Pour fêter dignement le roi, le verre en main.

— Adopté ! »

Le jour vint, et la pièce royale Couronna le banquet eu charmant tous les yeux.

Dans la part du conscrit on retrouva la balle ;

Il fut acclamé roi par ses amis joyeux.

Et, pendant que leur joie éclatait en fusée,

Ébranlant de ses cris leur salle de gala,

Le roi d'un jour, prenant la fève improvisée,

Murmurait tout rêveur : « Je leur rendrai cela. »

Il la rendit, deux jours après, avec usure.

Parmi les corps tombés sur le gazon sanglant.

Plus d'un reçut de lui sa dernière blessure ;

Et, quand le vil troupeau prit la fuite en tremblant,

Seul contre trois Prussiens acculés dans un bouge,

Il frappait sans relâche... il tomba sans effroi.

On lui mit pour emplAtre un bout de ruban rouge ;

Et le petit soldat fut heureux comme un roi.

ADOLPHE ORÂIN

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