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LE FAUCHEUR

LE COU musclé, saillant de sa chemise ouverte, Le faucheur fait siffler sa faulx, et, se tlressaat, Affûte d'un coup sec le fer rude et grinçant Oii la sève des blés roule une larme verte.

Depuis que les grands coqs ont sonné le réveil, Au miUeu des épis pleins d'un bruit de cigales, Le geste large, avec des cadences égales, Il s'avance pieds nus et la tête au soleil.

Voici le soir. Il est maintenant hors d'haleine, Et s'essuyant le front au revers de son bras. Sur le sol crevassé que piquent les blés ras, Lent et morne, il s'assied en regardant la plaine.

Enfin sa tâche est faite. En croulant, la moisson A tracé sur la terre un lumineux sillage; Bientôt il reprendra le chemin du village, Marquant son pas moins lourd d'une allègre chanson,

Mais aussi que d'efforts, que d'heures douloureuses! Pour ce peu de froment quels travaux sont les siens! Et le noir souvenir de tous ses maux anciens Yoile l'orgueil éclos en ses paupières creuses.

Il revit les matins éternellement longs Que l'automne engourdit sous une brume froide, Tandis que ses chevaux tirent, la tète roide. L'essieu qui grince et bute au tournant des sillons.

Vient l'hiver. Oh ! les sourds fracas de la tourmente Qui font crisper les poings et font serrer les dents, Alors qu'à l'hoi'izon grincent les bois stridents Et que par les vallons neigeux le grain fermente ;

Puis ce sont des défis, des luttes, des combats, Sous l'orage, à travers le mistral qui vous broie; Des combats où, pareils à des oiseaux de proie, D'épais nuages noirs rôdent par les cieux bas.

Et ce sont les ardeurs blêmes des canicules Dont le souffle embrasé brûle l'azur flétri, Et, dans un lourd silence assoupissant tout cri. Les labeurs sans repos des jours sans crépuscules.

Mais qu'importent les maux soufferts : sur les hauteurs, Ainsi qu'un lever d'astre apparaissent les meules ; 11 croit ouïr déjà la chanson des aïeules Se mêler aux fléaux rythmiques des batteurs.

Et consolé, voyant que l'occident rougeoie, 11 se lève, et, joyeux, contemple au bord du champ, Les moissonneurs lointains qui, dans l'or du couchant, Semblent danser autour d'un valc feu de joie.

EMILE PEYREFORT. 217

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