‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 155 sur 217 · LE RIVAGE · texte numérisé non relu

LE RIVAGE

ANS un lointain floconneux, pâlissant, As-tu vu s'enfuir le rivag'e?

Ami, comme il va s'efTaçant Aussi vaporeux qu'un nuage !

Ilolà ! hé! matelots, de vos robustes bras Hissez là-haut la toile grise!

Hissez la toile au haut des mâts!

n souffle une joyeuse brise.

Bientôt sur l'horizon sans fm, Au-delà de la mer profonde.

Nous irons voir quelque matin Le grand soleil du nouveau monde !

Bientôt l'orage grondera Avec sa magique harmonie ; Et la tempête entonnera L'hymne de terreur infinie.

Ou bien les flots majestueux , Bleus comme un ciel ou semés d'étincelles, Nous berceront, après des jours heureux, Pendant des nuits plus belles.

CependaDt, au départ, n'avons-nous pas laissé, Ami, dans notre ardeur extrême, Un cœur qui n'était pas lassé De nous répéter qu'il nous aime ?

Ami, te souvient-il De ce foyer chaud de tendresse Où nous reçûmes la caresse De nos premiers soleil d'avril?.,.

Heures saintes trop tôt finies, Où donc retrouver maintenant, Dans nos ressouvenirs d'enfant.

Vos parfums et vos harmonies?

Ilélas ! les jours sont courts, fragile est le destin. Nos pensers s'envolent moroses :

Adieu, foyer héui, qui gardes dans ton sein Le trésor de si douces choses I

Dans un lointain floconneux, pâlissant.

As-tu vu s'enfuir le rivage?

Ami, comme il va s'effaçant.

Aussi vaporeux qu'un nuag-e !

EMILE PEYREFORT

Page 1