‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 16 sur 217 · MORS, VIT A · texte numérisé non relu

MORS, VIT A

JE vis la Mort debout dans l'Univers, marchant Comme le moissonneur que chaque été ramène, Et qui parfois, couvant du regard son domaine, S'arrête sur sa faulx pour tàter le tranchant.

Elle riait, son bras implacable fauchant

La profonde forêt des épis lourds de graine,

Et mêlait à son rire une voix surhumaine

Qui semblait un sanglot et qui semblait un chant.

Un vent froid et muet Ijalayait le champ sombre. Tout près — l'une des deux de l'autre est-elle l'ombre? La Vie au clair regard, au pas jamais lassé,

Traversant l'Infini du môme geste immense, Chaque fois que la faux sifflante avait passé, Jetait aux sillons nus la nouvelle semence.

SONNET

A Feyen-Perrin.

QUAND la fille des eaux, la blonde Aphrodite, Sur l'écume pareille aux corolles écloses, Dans le rire du ciel et la senteur des roses , Jaillit, belle de grâce et de divinité ;

Quand, près des flots muets , dans la sérénité Du sommeil et le frais arôme des chairs roses. Les nymphes s'endormaient, les lèvres demi-closes, A l'ombre . après le bain, aux jours brûlants d'été ;

Ton âme errait alors dans le souffle des brises Qui, frôlant mollement les nudités surprises. Gardaient, comme un parfum, le reflet des couleurs ;

Et la forme entrevue au vol de l'heure brève, Dans le vent de la mer ou l'haleine des fleurs, Charme éternellement le regard de ton Ilève.

LÉON-L. BERTIJAUT

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