‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 164 sur 217 · GLOIRE LATINE · texte numérisé non relu

GLOIRE LATINE

NE crains pas. si la route est sombre où je te mène L'ombre y vient des lauriers mêlés aux tamaris, De ceux-lA qui plaisaient à la muse romaine Quand TAurore et Yesper connai salent Lycoris ;

Quand l'eau de Bandusie, interdite au profane, Dans son cristal, teinté par la rose et le vin, Reflétait un front d'or de jeune courtisane Auprès de ton front brun, poète au chant divin !

Quand, d'ache couronné, le nom de Quintilie, Ou le tien, IXémésis, ou, ?s^éère, le tien. Avaient conquis le monde à la mélancolie Avant la mort de Pan et le règne chrétien.

La Ville ne voit plus, du haut des sept collines,

L'univers saluer ou César ou consul,

Et l'avenir, promis par les voix sibyllines,

N'est plus, dans le passé, qu'un fier et vain calcul.

Mais l'ombre de Gallus, mais l'âme de Virgile,

Sous les pins du Galèse, en la brise, passant,

Mais, taillés avec art dans l'écorce fragile,

Les Amours, avec elle, après elle croissant ;

Oui, l'Amour et la Muse, et la grâce éloquente Des tours où le génie épuise ses secrets ; Oui, la coupe de hêtre où s'enroule une acanthe, Où la lyre d'Orphée entraine les forêts ;

Du bois fie drynium à la mer de Sicile Tout s'aniiuant aux sons des chalumeaux d'Ascra, Et Fautel à Daphnis et le tigre docile, Daphnis qu'aimait Paies et qu'Apollon pleura ;

Et Tcige d'or rustique et pourtant consulaire, Tout ce dont notre enfance a redit la beauté, Ce rêve, à jamais pur, d'un long rayon s'éclaire Et donne à qui l'honore une immortalité.

De demain ne craignant ni l'oubli ni l'insulte. Pour avoir, deux mille ans bientôt, bravé leurs coups, Ce monde sans égal offre à qui cherche un culte Ses temples habités par des dieux grands et doux.

C'est pourquoi, méprisant la foule, ne redoute Ni les affronts nouveaux, ni les futurs dangers, Ni ces arbres qui font de l'ombre sur ta route : Avance, avance encore, enfant aux pieds légers !

Au fond de l'avenue où tu veux bien descendre. Comme une blanche tour, vois luire ce tombeau : C'est là, dans le paros protégeant notre cendre. Qu'on inscrira ton nom sous l'arc et le flambeau.

Et nos noms et nos cœurs et mes vers déjeune homme, Unis au grand passé par de nobles liens, Revivront dans la vie éternelle de Rome Et dans l'écho sacré des chants Yirgilieus.

VICOMTR ROBERT DU PONTAVICE DE HEUSSEY

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