‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 169 sur 217 · PIERRE TOMBALE · texte numérisé non relu

PIERRE TOMBALE

POUR la première fois il venait clans Paris ; Un soir, il aborda les Celtisants surpris :

« Je suis du vieux pays bordé de genêts verts ,

Où l'orfraie a son chant de nuit, comme aux déserts;

Je tiens le bmlou dont sonnait Matilinn ,

Et je sais les beaux r/ioerz cVAliès ou de Marzinn. »

Retourna-t-il ensuite aux brumeux horizons?

Nul ne parlait du barde aux banquets des Bretons.

Un jour, je leur ai dit , funèl^re messager :

« Dieu l'a trouvé trop las sous ce ciel étranger. »

IL partit dès l'automne, oiseau d'une saison; L'écho de ses doux airs demeure en la maison.

Mar klewed 'barz ar c'hoajo don Eur vouezig" o lenva eur son ,

Son ar barz divroet a vo , Dindan kazel ge a g-ano.

'Wecho d'ann noz tro-dro d'al lann Welfed o vesk eur c'horf en poan :

Eur paourig- en lie binijen, Kouitet he vroïk da viken.

Ra vo skanv ar goabr o ruzan, Uz d'al lanneier, en noz-man;

Ha ra stoko didrouz ar mor D'ar gerek endro d'ann Arvor :

'Wid ann tremeniad ma glevo Ar barz o lenva er c'hoajo !

N. QUELLIEN. 237

Peut-être entendrez-vous au milieu des grands bois S'élever un chant triste et pleurer une voix :

C'est le vieux barde mort sans pays qui revient Et qu'un charme cent ans à chanter là retient.

Quelquefois vous verrez sur la lande, le soir. Un spectre errer autour d'une croix et s'asseoir :

Laissez cette âme en peine ; elle expie en ces lieux D'avoir quitté le sol consacré des aïeux.

Nuages du grand ciel, glissez légers et blancs Sur la lande des morts , la nuit des revenants ;

Et sois clémente, ô mer rude! touche sans bruit Aux écueils de l'Arvor, — pour nos morts ! — celte nuit

Pour que le pèlerin entende au loin la voix

Et la chanson du barde au milieu des grands bois !

HUGUES REBELL

(GEORGES GRASSAL)

Page 1