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LE SACRE DE V ARTISTE

LOIN des vieilles cités où triomphe le Mal, L'Artiste saint qu'exalte un souriant génie Va cliercher la rosée aux gouttes de cristal;

La rosée où le jour met sa clarté bénie, Où les yeux et le cœur trouvent un élixir. Pour braver la douleur et railler l'ironie.

Il court vers les grands bois et regarde bleuir Les, cimes des sapins qu'arrose la lumière; Il lit dans l'horizon où pleure un souvenir.

Kt pour lui le soleil fait rayonner la pierre,

Et la source qui craint de troubler les songeurs,

Eteint le gazouillis de son eau sur le lierre.

Les abeilles déjà laissant le suc des fleurs, Forment un nimbe d'or au-dessus de sa tête, Et les prés sonnent au chant des merles siffleurs.

HUGUES REBELL. 239

Tel un lévite pur saluant le prophète,

A son aspect le lis baisse un calice blanc ;

Dans la noire for«!;t tourbillonne une fête.

Heureux, enthousiaste, il marche d'un pas lent; Il s'enivre à longs flots de parfums, de nuances, Et sent battre son cœur dans un mystique élan.

Car la Gloire qu'il prie en ses soirs d'espérances, Pose sur son front mûr pour Tlmmortalité , La couronne qui fait oublier les souffrances :

« 0 prés resplendissants d'amour et de clarté ,

Clame-t-il à la Terre, annonçant sa venue,

De quels divins tableaux m'avez-vous enchanté!

(( Yous avez rajeuni d'une robe inconnue L'ancienne majesté dont j'avais autrefois Gardé le souvenir dans ma mémoire nue.

(( Je vous retrouve encor plus riants, je vous vois Plus adorables qu'aux songes de mes veillées. Je m'entends acclamer par un millier de voix.

u Que vous ai-je donc fait, rives ensoleillées, Pour murmurer en chœur de si douces chansons, Et vous , nénuphars blancs, roses échevelées?

Et la Terre parmi les couleurs et les sons ,

Dit au penseur ému qui loue et s'extasie :

« Prêtre, tu n'es pas le seul que nous caressons.

« Nous offrons à chacun une même ambroisie , Mais ils refusent tous le breuvage des dieux : Par le plaisir, l'arg-ent, leur vue est obscurcie.

« Leur cœur ue s'émeut pas du bel hymne joyeux Que chuchotent les Bois à l'Après-midi blonde , Les Cigales aux Fleurs des verts Gazons soyeux.

« Leurs rêves ne vont point aux méandres de Tonde,

Glisser, s'évanouir en mystérieux phs

Comme un vol de lutins dont s'effare la ronde.

« Pourtant ces yeux fermés aux choses que tu lis, Ces esprits végétant sans amour et sans joie. Que dédaigne la Mort, tant ils sont affaiblis!

« Ces hommes-là triomphent sous les dais de soie ,

Ils te volent la gloire et tôt ils oseront

Te meurtrir, te briser l'âme comme leur proie.

« Jusqu'alors prodiguant le mépris et l'affront,

Ils régnent, rois d'un jour, sur des trônes de cendre,

Mais un sacre réel illumine ton front :

Le mystère dps champs que seul tu peux comprendre.

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