‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 180 sur 217 · BOUTADE · texte numérisé non relu

BOUTADE

A mon ami H. Lefeuvre-Méaulle.

MONTANT vers la nue irisée , Voici que le matin frileux Floconne aux angles des toits bleus Que diamante la rosée.

C'est un délicieux matin, Un apaisant matin d'automne, Si délicieux, qu'on s'étonne De rêver de l'été lointain.

Et pourtant j'en rêve, et je pleure :

M'affolant en de vains regrets, Je me lasse à courir après Le fantôme bleu qui me leurre.

Par les chauds après-midi d'août, Les douleurs semblent endormies, Et l'on sent, en ces accalmies, Passer, venant on ne sait d'où.

Dans l'atmosphère transparente, Des vols de bonheurs égarés Qui s'abattent sur les grands prés Tout rouges de fleurs d'amarante.

Je regrette les frisons blancs Qu'en sa coquetterie exquise Mettait à son front de marquise La mer vieille de six mille ans.

Je regrette la l)loiide plage Où, tout en jouant au croquet, Mainte fillette provoquait Le flirt, avant d'en avoir l'c^g-e.

Je regrette vos rires francs, Pensionnaires échappées , Durant nos folles équipées Loin de l'œil g-rave des parents.

Je reg-rette surtout, Marie, De vos grands yeux énamourés Les charmes longtemps savourés Dans nos heures de causerie.

Et les discrets demi-aveux Tombés de vos lèvres tremblantes.

Quand la langueur des valses lentes Unissait presque nos cheveux.

De peur d'en trop dire, j'arrête Ici mes souvenirs d'été ; Je crains d'avoir encore été Amoureux... et je le regrette.

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