SORTIR OU RESTER
Odi profamim vulgiis.
GRANDE nouvelle ! on dit que l'on joue au théâtre Je ne sais quelle pièce, et tous courent la voir. . . Moi, je me trouve, en somme, encor mieux près de l'âtre A fumer ma pipe, ce soir.
Pour sortir, il faudrait d'abord que je m'habille : Rien ne m'est ennuyeux à l'égal de cela ! Puis marcher dans la boue, en me rendant en ville : Être mouillé, crotté, quand j'arriverai là.
âÔâ LE pAtiNAssË bueton contemporain.
Trouver viogt citoyens qui, vers moi, main tendue, Viendraient : Que faites-vous, cher? on ne vous voit plus. Répondre à tout ce monde et dans cette cohue Se sentir bousculer, être comme perclus.
En pantoufles, les pieds tendus devant la flamme. Je contemple mon chien, qui dort à mon côté ; Mille chers souvenirs me reviennent à l'âme Et dans des rêves d'or je me vois emporté.
Quelquefois, je relis alors quelque beau livre : Lamartine, Musset, Hugo, surtout Brizeux. De leurs songes brillants je me reprends à vivre Et je me sens meilleur en causant avec eux.
Puis, quand je les ai lus, parfois je prends la plume Et griflbnne, au hasard de mon cœur, quelques vers. J'écris sur mes genoux, je me chauffe, je fume, Et tant pis si j'écris ou pense de travers.
Puis, quand je sens mes yeux se fermer, je me couche Et m'endors, en songeant à ceux qu'aime mon cœur, Et dont les noms chéris se pressent sur ma bouche Et me font, en dormant, croire en rêve au bonheur.
Désormais , qu'il neige ou qu'il vente ; Pluie ou soleil, froid ou chaleur, Mon Ame y reste indifférente :
11 fait si jjeau temps dans mon cœur.
MARIE DE YALANDRE