‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 206 sur 217 · VICOMTE XAVIER DE BELLEVUE · texte numérisé non relu

VICOMTE XAVIER DE BELLEVUE

BÊVES DU PASSE

RÊVES des temps passés, souvenirs de reiifance, Vers vous le cœur au milieu du silence Revient souvent...

Vers vous, jours enchantés, aube trop tôt ravie. Premières fleurs de notre vie Qui s'efTeuillent au premier vent...

On entend sous les bois comme un frisson qui passe. Dans les brandies ce sont des appels à voix basse

Me reconnais-tu?... Regarde : c'est moi, Ta dixième, onzième, ou quinzième année. Je reviens à toi de fleurs couronnée : Me reconnais-tu?... Tu pleures!... Pourquoi?...

Pourquoi, quand je passe et que je t'appelle, En pleurant, de moi détourner les yeux ? x\utrefois pourtant je te semblais belle Lorsque le printemps brillait dans les cieux... Oh! Pourquoi de moi détourner les yeux?...

C'est qu'à ton cœur vieilli, de bien loin je rappelle Les bonheurs du passé, tous les élans pieux De tes dix ans, de tes quinze ans, les espérances, Les songes, les désirs. Ce qu'alors tu rêvais, Ce qu'alors tu voulais, ce qu'alors tu pensais, Est-ce encore ce que tu veux, ce que tu penses?...

Depuis as-tu soufTert? As-tu des jours mauvais Subi la dure étreinte et fléchi sous le faix? Et les ans dont je fus suivie, Dans la marche du Temps vainqueur, N'ont-ils rien brisé dans ta vie Et rien effacé dans ton cœur?. .

Ton cœur! D'espoir et de courage, D'enthousiasme pur lors il battait son plein; Et le soleil de ton matin Promettait un jour sans orage...

(f C'était le printemps dans les cieux ; C'était les chansons, la Jeunesse, Dont la baguette enchanteresse Transformait le monde à tes yeux!...

(( Hier, le rêve! Aujourd'hui la prose! Le rêve qui ment : fol espoir!

Mais maintenant il ment en noir Et jadis il mentait en rose... »

Ainsi du passé, dans les rameaux verts, Murmurent les voix, chantant à l'oreille Leurs.chants de jeunesse, hymnes sans pareille. Echos du printemps, enivrants concerts.

YVES DE TREBRESSAN. 291

Et le cœur, soudain, se prend à renaître. Et, se ranimant à ce souvenir, Rajeunis, plus forts, et plus purs peut-être, Les yeux, sans effroi , fouillent l'avenir.

Et l'étoile encor, dans la nuit moins noire, Scintille, éclairant le ciel de ses feux... Et l'on se reprend à rêver, à croire A des jours meilleurs, à des jours heureux.

Aux pensers d'antan notre âme ravie Aperçoit encor des fleurs au chemin.

Revient à l'espoir, renaît à la vie.

Et, pleurant Hier, compte sur Demain...

Rêves des temps passés, souvenirs de l'enfance, Que notre cœur vers vous, au milieu du silence,

Revienne souvent!

Vers vous, jours enchantés, aube trop tôt ravie. Premières fleurs de notre vie Qui s'effeuillent au premier vent!...

Page 1