LE BLE
A J.-M. de Heredia.
L'ombre emplissait les champs de ses vagues murmures, Quand les fiers moissonneurs ont repris les chemins De la ferme, la tâche faite. Dans leurs mains Les faux en se heurtant avaient des bruits d'armures.
Lentement, les grands hœufs, couronnés de ramures, Avec l'air résigné de leurs yeux presque humains. Ont porté ce suprême espoir des lendemains : Le saint et glorieux fardeau des moissons mûres.
Or, ce matin^ tandis qu'en un large tapis Les hommes ont jonché l'aire de blonds épis. Le ciel comme une forge à l'horizon s'allume ;
Et bientôt, bondissant en un rythmique essor,
Le dur fléau, comme un lourd marteau sur l'enclume,
Frappe. Et le blé jaillit en étincelles d'or!