‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 44 sur 217 · PENMARC'H · texte numérisé non relu

PENMARC'H

A J.-M. de Heredia.

Penmarc'h ! voyez là-bas I voyez la barre sombre Que le phare sur l'eau découpe obliquement! La nuit, ce sont des feux, et le jour, c'est de l'ombre Qu'il répand sous le vaste et brumeux firmament !

Là-bas, c'est l'Océan! Sa nappe occidentale, Infini qui se perd dans un autre infini, Sous le ciel lumineux, grande et calme, s'étale Et roule, illimitée, à l'horizon bruni !

Là-bas, dans la vapeur transparente et bleuâtre Que le regard confond avec l'azur des flots , Comme les noirs gradins d'un large amphithéâtre, Se dressent mille écueils, surgissent cent ilôts!

D\m rempart naturel ils protègent les côtes. Ces rocs, gardiens du sol, aussi vieux que le temps. Ont repoussé l'assaut des vagues les plus hautes. Assaillis sans relâche et toujours résistants.

C'est File de .Xona. C'est l'antre de la Torche : La mer, tumultueuse et grosse de remous, S'eng-ouffre en mugissant sous les ombres d'un porche Dont l'écho souterrain remonte jusqu'à nous.

Car elle apparaît là dans sa sauvagerie, La côte armoricaine aux horizons pensifs. Et, par ce jour d'été, les flots avec furie Suspendaient leur écume autour de ses récifs.

Pas de sahle : un amas désordonné de roches, Escalier de granit qui descend jusqu'à l'eau; Un éternel ressac en défend les approches , Et plus sauvage encore est ce sombre tableau.

Lorsque le vent de l'Ouest fouette de ses rafales Les lourds paquets de mer qui se choquent entre eux, Les roule eu masse blanche et bat sans intervalles Le cap enveloppé d'un grondement affreux.

Equinoxes de mars! Equinoxes d'automne!

L'océan dans sa rage a ])risé tous ses freins ; Le vent rugit, le flot saute, le rocher tonne : 0 la sublimité des spectacles marins !

Ces récifs autrefois formaient le patrimoine Des pillardes tribus qui rançonnaient la mer. Le sol a conservé des noms. Le Saut du Moine, Vers le Nord, dans le roc, ouvre son puits amer.

HENRI DROMOU. 47

Le Bourg' est un débris de la guerre civile. Quelques toits, le portail d'une église, voilà Ce qui reste aujourd'hui de l'opulente ville Qui se nommait Penmarc'h et qui florissait là.

Rien n'y témoigne plus des anciens jours prospères. 0 temps évanouis, n souvenirs lointains ! Des brigands t'épiaient du fond de leurs repaires, Penmarc'h, et leur audace a changé tes destins I

L'abandon de ces lieux, où (luy La Fontenelle Vint al)attre sou vol sinistre de vautour, Saisit l'àme et la plonge en une solennelle Tristesse (jui vous suit à l'heure du retour.

Lne campagne morne, aride et découverte. Sans trace de culture et sans vestige humain, rVous entoura longtemps avant que l'herbe verte Ne revint tapisser les abords du chemin;

Le jour en déclinant doublait l'aspect sévère Des landes que le soir allonge et rembrunit ; De distance en distance un rustique calvaire Dressait, gibet divin, ses branches de granit ;

Là-haut, scintillait Mars; là-haut, brillait Saturne; Et là-bas, l'océan, d'une blancheur de lait. Mettait sa ligne claire au bas du ciel nocturne Où, comme un œil de feu, le phare étincelait.

AR BARADOZ

A Leconte de Lisle.

CE frais éclen existe au pays de la fable. C'est un jardin fleuri plein d'un charme ineffable, Un vaste et noble parc, enclos de toutes parts D'une longue muraille aux pans garnis de lierre, Dont l'œil poursuit au loin la courbe irrégulière, A travers le réseau des feuillages épars.

Mille ruisseaux sableux aux bizarres méandres Y circulent parmi des bouquets de fleurs tendres Et s'étendent plus bas en large nappe d'eau ; De hautes frondaisons recouvrent les deux rives Et mirent dans l'azur du lac aux sources vives Leur image flottante et leur glauque rideau.

Là, règne nn éternel et frémissant murmure. De sinueux sentiers fuyant sous la ramure Ont des aspects de sombre et moussu corridor, Et, lorsque le soleil les frappe et les traverse, Ses rayons tamisés y font connue une averse Choir, à travers la feuille, une bruine d'or.

Aucun son étranger ne trouble le mystère De cet enclos paisible, immense et solitaire; Et Toreille aux aguets s'efforcerait en vain D'y saisir un écho de la rumeur humaine : Sous ces dômes touffus, où seul il se promène, Le vent seul interrompt le silence divin.

HENRI DRONIOU. 49

Combien de fois j'ai vu, dans le bonheur d'un songe, S'étaler devant moi le radieux mensonge De ce paradis sourd, immobile et fermé ! Des massifs de verdure y figuraient des îles. Quelle majesté douce au fond de ces asiles ! C'est là qu'il eût fait bon de vivre et d'être aimé !

0 le plaisir d'errer par ces calmes retraites, De sonder du regard leurs profondeurs secrètes, De sentir enfoncer ses pas dans le gazon Des talus verdoyants toujours fleuris de roses. Car jamais les hivers de nos pays moroses jN 'attristent la beauté de ce clair horizon.

Aux chants plus adoucis de l'oiseau sous la feuille , Lorsque la nuit s'avance et que tout se recueille, Combien j'aurais aimé, plein de fièvre et d'émoi. Dans les détours connus de ce lieu de délices. Transformés par l'amour en séduisants complices , Combien j'aurais aimé vous voir auprès de moi.

Vous, que je sens mêlée à toutes mes revanches. Dont les regards de vierge aux teintes de pervenches, Si fins, si transparents, si limpides, si bleus, Sont les deux seuls flambeaux qui brillent dans mon ombre, Depuis que des tourments accumulés sans nombre Font un ciel de tempête à mes jours nébuleux!

Vers la cime du chêne aux frêles découpures Aurait monté le cri de nos deux âmes pures. 0 la sérénité des bois autour de nous ! Rien n'y serait venu déranger notre rêve, Et l'éternité même aurait été trop brève D'une existence ainsi passée à vos genoux ;

A VOS genoux de femme , étonnée et ravie Qu'un homme ait pu songer à faire de sa vie Une oasis bien close, aux arbres toujours verts ; L'esprit indifférent à tout ce qui se passe , Sans se préoccuper du temps ni de l'espace , Les yeux sur un but fixe obstinément ouverts !

Oui, c'est là, dans la paix du parc aux ombres graves, Qu'il eût fait bon de vivre et d'aimer sans entraves, Loin du monde, à l'abri de ses complots hideux ; Sur un épais tapis de lichen et de mousse , C'est là qu'il eût fait bon de mourir sans secousse, Dans les bras l'un de l'autre oubliés tous les deux !

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